Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste Aïda Muluneh

Aïda Muluneh est une artiste et entrepreneuse culturelle basée à Addis Abeba. Elle quitte l’Ethiopie à l’âge de 5 ans et séjourne en Europe, au Yémen et au Canada. C’est au lycée, à Calgary qu’Aïda découvre la photographie. Elle prend conscience du pouvoir de l’image et notamment de la façon dont les gens associent une image à un pays. La vue de photos sur la famine, la souffrance en Ethiopie pousse Aïda à se documenter sur son pays afin de montrer une autre facette. Elle publie Past forward en 2009, un recueil d’image où elle livre un regard personnel sur la vie et la culture éthiopienne. Elle reçoit d’ailleurs le Prix international de la photographie. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux photo mettent en valeur les femmes africaines et celles de la diaspora et font l’objet d’expositions à l’international, notamment aux Etats-Unis, à Cuba, en Allemagne, au Mali…Sélectionnée pour l’exposition Lumières d’Afriques qui se tient actuellement à Paris du 4 novembre au 26 Novembre, Aïda Muluneh représente l’Ethiopie. Elle a accepté gentiment de répondre à nos questions.

Comment préparez-vous vos séances photos ?
Le travail en studio est depuis quelques années un processus intéressant pour moi. Je commence souvent par un croquis puis je construis la scène que j’aimerais créer. Le reste, consiste à réunir une équipe autour de l’image que je veux matérialiser. Des fois certaines séances photos me font penser à la production d’un film avec l’apport de plusieurs éléments qui entrent dans le processus et rend ma vision réelle. Mais pour moi, la principale préparation est l’inspiration que j’ai quand je crée le cliché dans mon travail de photo-journalisme. L’inspiration c’est en fait les rues où je me promène par opposition à quelque chose de confiné dans un espace.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de transmettre dans vos travaux ?
Ca dépend du type de photo sur lequel je travaille. Par exemple, si je travaille sur un projet de photo-journalisme, mon but est de présenter, ma communauté, et celles dont je me suis documentée avec dignité, dans un point de vue équilibré. En revanche, mon travail en studio consiste à exprimer ce que je ressens à travers les images que je construis.

Pouvez-vous citer des exemples de photographes africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?
Il y a beaucoup de photographes que j’admire et qui viennent du continent et au-delà des frontières. Toutefois, Shimelis Desta (Ethiopie) and Malick Sidibé (Mali) sont mes héros.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?
C’est dur de désigner un favori. C’est comme si vous demandez à une mère de choisir un favori parmi ses enfants.

Avez-vous un sujet particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ?
D’un point de vue artistique, je travaille dans plusieurs corps de métier pour différentes expositions qui auront lieu l’année prochaine et ma compagnie, Desta For Africa PLC, prépare en ce moment  la 4ème édition d’Addis Foto Fest (un festival photo bi-annuel qui a lieu à Addis Abeba).

La photo ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer sur le message que vous avez voulu transmettre ?

Titre: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Note conceptuelle :
Ma famille vient des régions rurales du Welo, un lieu où il n’y a pas de routes mais un chemin interminable dans les montagnes des hauts plateaux. Ma grand-mère a vu le jour au milieu d’une
vallée. C’est un de ces lieux où, lors de ma première visite, je constatais que sans route il se passera beaucoup de temps avant que l’électricité arrive là-bas. Il y a quelques années, mon grand-père par alliance est décédé à l’âge de 105 ans et mes cousins ont demandé à emprunter une petite lampe solaire créée par les artistes d’Olafur Eliasson. Dans notre tradition quand une personne meurt, les funérailles durent souvent 40 jours et réunit la famille des différentes régions pour célébrer la vie du défunt. Quand mon cousin revint des funérailles, il raconta qu’une centaine de membres de la famille s’était abritée sous une tente et les femmes ont pu cuisiner la nuit grâce à une petite source de lumière qui venait du gadget « petit soleil ». Le besoin en électricité dans les régions n’a pas seulement un impact sur notre vie quotidienne mais aussi sur le fait que nous puissions aller de l’avant, c’est une composante intégrale dont a besoin. Ceci étant dit, le texte en amharique que vous apercevez sur le livre que la femme tient est une inspiration d’un long poème qui autrefois était utilisé en troisième année d’école élémentaire amharique et dit que l’éducation est l’outil qui nous permet de sortir de l’ombre. Le titre du poème est « Ye brehan fiker » (signifie plus ou moins l’amour pour la lumière ou illumination) de Debebe Seifu. Avec ça en tête, je pense que ce n’est pas seulement une illumination mentale mais le besoin de lumière pour pousser notre génération future vers un avenir prometteur. Pour terminer, j’avais un ami indien qui un jour me raconta l’histoire de son père qui venait d’un milieu rural similaire à ma famille dans lequel il n’y avait qu’un lampadaire dans la ville et que son père s’asseyait sous le lampadaire pour étudier parce qu’il n’avait pas l’électricité à la maison. La propre détermination de son père par rapport au challenge auquel il a fait face a montré sa volonté de changer le cours de sa vie à travers l’éducation. Donc du fait que l’Ethiopie une une société à dominance agraire, cela signifie que le besoin en électricité est intimement lié à notre croissance et développement.

Aïda Muluneh is an artist and cultural entrepreneur based in Addis Ababa. She left Ethiopia when she was 5 and lived in Europe, Yemen and Canada. She discovered photography in high school, in Calgary, and became aware of the power of image and how people could associate an image to a country. After she saw many photos about famine and suffering in Ethiopia she decided to document on her country so that to have people seen it from another angle. She published « Past forward » in 2009, a collection of images in which she set out her personal vision on Ethiopian life and culture. She has received an award from the International Photography Awards. Today most of her works emphasize African women included those of the diaspora and are subject to international showcasings in the United States, Cuba, Germany, Mali…Recently selected for Lumières d’Afriques exhibition that is currently taking place in Paris from 4th November to 26th November, Aïda Muluneh represents Ethiopia. She has kindly accepted to answer our questions.

How do you prepare your shootings ?
The studio work has been an interesting process for me in the past few years. I often start with a sketch and start building the scene that I would like to create, the rest is building the team around the image that I want to bring to realization. Sometimes for a shoot it reminds me of a film production with many components going into it to make the vision come alive. But the main preparation for me is the inspiration to create the one piece, while in my photojournalism work, the inspiration is the streets that I walk on as opposed to something confined in a space.

As a photographer, what is essential to convey through your works ?
It depends on the type of photography that I am doing, if its is photojournalism my main focus is to present my community and also those that I am documenting with dignity and through a balanced perspective. While my studio work is focused on expressing on what is within me through the images that I construct.

Can you give us some examples of  African photographers that you admire or take inspiration from ?
There are many photographers that I admire that are from our continent and also beyond our boarders but for here Shimelis Desta (Ethiopia) and Malick Sidibé (Mali) are my hero’s.

Among your work, which one is your favourite ?  Why ?
Its hard to say which is my favorite work, its like asking a mother which one of her children are her favorite.

Are you currently working on a particular project ?
Artistically I am working on a large body of work for various exhibitions next year, while through my company Desta For Africa PLC we are preparing for the fourth edition of the Addis Foto Fest (a photography biannual taking place in Addis Ababa).

Your above picture is our crush. Can you highlight us about it ?

Title: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Concept note:
My family comes from the rural regions of Welo, a place that has no roads but a long walk through the mountains of the highlands. The birth place of my grandmother is in the middle of a valley and through my first visit it is one of those places that unless a road is built the chances of electricity reaching would take time. A few years ago, my step grandfather passed away at the age of 105 and my cousins asked to borrow a small solar light that was designed by the artists Olafur Eliasson. In our tradition when someone dies the funeral is often a 40 day event which brings in family from across the various regions to celebrate the life of the person who has passed. When my cousin returned, he said that the family of over 100 people were huddled under a tent and the women were able to cook through the night just from the small light source that came from the « little sun » gadget. The need for electricity in all regions not only has an impact for our daily life but in order for us to move forward its an integral component that is needed. With this said, the Amharic text that you see on the book that the woman is holding is an inspiration drawn from a long poem that is used to be used for 3rd grade Amharic curriculum in which it talks about education is the tool that brings us out of darkness. The title of the poem is « Ye brehan fiker » (loosely translates the love for light or enlightenment) by Debebe Seifu. With this in mind, I believe that its not only mental enlightenment but the need for light to also move our future generation towards a  brighter future. On last note, I had a friend from India who once told me the story of his father who came from a rural region similar to my families in which their was only one light pole in the town and his father would sit under the light studying since their was no electricity in his home. His fathers self determination regardless of the challenges that he faced showed his passion to change his path through education. Hence, with Ethiopia being predominantly an agrarian society which means that the need for electricity is closely tied to our growth and development.

Publicités

2 réflexions sur “Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste Aïda Muluneh

  1. Ping : Aida Muluneh at the Lumières d’Afrique exhibition | DAVID KRUT PROJECTS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s