Hicham Lahlou : halfway between design and contemporary art, the Moroccan designer imposes his own style on the international stage

Ceiling by Hicham Lahlou © Photo François Mallet

LAHLOU Hicham-PP-N&B-KP-8896-FP-LOGO(1)The year is smoothly coming to the end for Hicham Lahlou. The 45-year-old designer has just joined the WDO‘s Board of Directors. Elected last October for a two-year-period, Hicham Lalhou is going to bear the colours of Africa and have it shined on the international stage throuhout his term. A mission that is largely within his reach and for which he plans to conduct skillfully.

With more than 20-year-experience for himself, the Académie Charpentier ‘s ex-student is exercising with talent in the creative design industry. This workaholic realises very soon that no effort must be spared if one wishes to achieve success. « I always have that fighting spirit, moving forward, thinking as if I always had to start from scratch », he said. Far from comforting to  the idea that all things are a permanent achievement, the designer often carries out self-examination. « I have the capacity to have the humility to keep my feet firmly on the ground ». This life philosophy, bound to his value and education, requires him to approach each new project from a fresh perspective.

That particularly enables him to consider design as a multidisciplinary sector and to shift towards design thinking at the age of  15 to 17. « This is a way of thinking which needs to adapt situations. If one wants to design furniture for a city…well, a city has an identity, it has its history ». According to him, the difficulty lies on how that furniture can fit the cityscape and how it is going to be perceived by the consumer, hence the importance to put the user at the heart of thinking.

Sush box Casablanca Hicham Lalhou
Sushi Box Casablanca – Projet entièrement réalisé par Hicham Lahlou ©Hicham Lahlou

Invited from all around the world, Hicham Lahlou made a stopover at the  Paris AKAA Fair last month, just the time to introduce « some innovating pieces of work, halfway between design and contemporary art ». Pieces  that currently make him a key design leader in the African continent and have him been awarded by the insignia of « Chevalier » of the « Ordre des arts et des lettres » in 2016.

The year 2018 augers extremely well. He should confirm the second edition of Africa Design Days as an organiser and fulfil his assignment within the WDO together with all the new projects that come to him. We wish him a great success.

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Hicham Lahlou : entre design et art contemporain, le designer marocain impose son style à l’international

Ceiling par Hicham Lahlou © Photo François Mallet

LAHLOU Hicham-PP-N&B-KP-8896-FP-LOGO(1)L’année s’achève en douceur pour Hicham Lahlou. A 45 ans, le designer marocain  siège désormais au Conseil d’administration de l’Organisation mondiale du design. Elu en octobre 2017 pour une période de deux ans, Hicham Lahlou portera les couleurs de l’Afrique et s’évertuera à faire rayonner le continent, sur la scène internationale, tout au long de son mandat. Une mission, largement à sa portée, dont l’artiste compte bien mener d’une main de maître.

Avec plus de 20 ans d’expérience à son actif, l’ex-étudiant de l’Académie Charpentier  s’illustre avec talent dans le circuit du design et de l’architecture d’intérieur. Ce boulimique du travail a compris très tôt que pour réussir, il ne doit pas ménager ses efforts. « J’ai toujours cet esprit de combativité, d’aller de l’avant, de réfléchir comme si je venais toujours de démarrer », nous confie-t-il. Loin de se conforter dans l’idée que toute chose est acquise, le designer se remet souvent en question. « J’ai la capacité d’avoir cette humilité de garder les pieds sur terre ». Cette philosophie de vie, liée à ses valeurs et à son éducation le contraint à aborder chaque nouveau projet avec un œil différent.

C’est, notamment, ce qui lui a permis, dès l’âge de 15/17 ans de considérer le design comme un secteur multidisciplinaire  et d’évoluer vers un design thinking. « C’est une manière de penser qui doit s’adapter à des cas de figures. Vous devez designer du mobilier pour une ville…et bien, une ville a son identité, a son histoire… » La difficulté, selon lui, réside dans la manière dont ce mobilier va s’intégrer dans le paysage urbain et comment il va être perçu par le consommateur, d’où l’importance de placer l’utilisateur au cœur de la réflexion.

Sush box Casablanca Hicham Lalhou
Sushi Box Casablanca – Projet entièrement réalisé par Hicham Lahlou ©Hicham Lahlou

Invité au quatre coins du monde, Hicham Lahlou a fait une petite escale à la Foire d’Art Contemporain africain (AKAA), le mois dernier, le temps de présenter, comme à son habitude, des « pièces innovantes, à mi-chemin entre le design et l’art contemporain ». Des pièces qui font, aujourd’hui de lui un leader incontournable du design dans le continent africain et qui lui ont valu l’insigne de Chevalier des Arts et des Lettres de la République française en 2016.

L’année 2018 s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Il devrait confirmer la 2ème édition d’Africa Design Days dont il est l’organisateur et endosser sa mission au sein de l’Organisation mondiale du Design, sans compter tous les nouveaux projets qui se présentent à lui. Nous lui souhaitons une belle réussite.

AKAA 2017 : Focus on Congolese artist Freddy Tsimba from Angalia gallery

The Contemporary African Art Fair that was held in Paris from 10 to 12 November ended on a rather positive note. For this edition 2017, AKAA recorded a stable attendance compared to last year (15 000 visitors) but has now a new audience of amateurs that have supplemented an existing audience of collectors.

Last week, all those wonderful people rushed to boothes so that to discover the artists’ work. It was hard not to be caught in the impressive artwork of Congolese artist Freddy Tsimba, suggested by Angalia gallery. The entirely recycled and welded-spooned sculpture represents a character, face to the wall, hands up and pants down. This is the kind of artwork I like, the one that both imposes and tells a story.

Entitled « Closed Center, open dreams », that sculpture followed a painful experience Freddy Tsimba had when he was in Belgium for a short stay. Actually, the misinterpretation of his visa by the authorities led the artist  to an administrative retention center until all suspicion was ruled out. « I spent ten days of difficult time because I didn’t expect that. I didn’t want that. I was cold, it was hard, all of that (…)  And from that experience arose this artwork. I said to myself – this center is closed but I still have my dreams open. Hence the artwork’s title ».

On the basis of his experience, Freddy Tsimba decides to create more pieces, in the same vein. His series, which is in working progress, aims at emphasizing the humiliations and violence people are facing daily in Congo or elsewhere and invites each one of us to open our eyes to the injustices endured throughout the world, whatever those who refuse to confront the uncomfortable truth that comes from that disturbing collection. « Sometimes when people come, they don’t have a look on it. They walk by without stopping. Ah ! It touches them ! They want to see pleasant things. I don’t want that. I am doing a work that tells things », he says.

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Freddy Tsimba                        Scissors woman n°33 – 2017

In the meantime, he hopes that his artworks will be exhibited at home, in Kinshasa and in any part of the world before they end at the Berlin wall, a symbolic and ideal place « to show that everybody must overcome all those injustices ».

AKAA 2017 : Clap sur l’artiste congolais Freddy Tsimba de la galerie Angalia

La Foire d’Art contemporain qui s’est tenue à Paris du 10 au 12 novembre, s’est clôturée sur une note plutôt positive. Pour cette édition 2017,  AKAA enregistre une fréquentation stable par rapport à l’an dernier (15 000 visiteurs) mais compte, désormais, un nouveau public d’amateurs en plus d’un public de collectionneurs déjà existants.

La semaine dernière, tout ce beau monde s’est rué dans les stands pour découvrir le travail des artistes. Difficile de rester indifférent devant l’oeuvre impressionnante du congolais Freddy Tsimba proposée par la galerie Angalia. Entièrement réalisée en cuillères recyclées et soudées, la sculpture  représente un personnage, face au mur, mains en l’air et culotte baissée. Une oeuvre comme j’aime, qui impose et interpelle à la fois.

Intitulée Centre fermé, rêves ouverts, cette sculpture fait suite à une expérience douloureuse vécue en Belgique par Freddy Tsimba. En effet, un visa mal interprété par les autorités  a conduit l’artiste en centre de rétention administrative, le temps de lever le doute sur ses papiers. « J’ai passé dix jours de dure épreuve parce que je ne m’attendais pas à ça. J’avais pas envie de ça. Il faisait froid, c’était dur, tout ça (…) Et de cette expérience est née cette oeuvre. Je me suis dit ce centre est fermé, mais moi mes rêves sont ouverts, d’où le titre de l’oeuvre ». 

Fort  de cette expérience, Freddy Tsimba décide de créer davantage de pièces dans le même esprit. Sa série, en cours de réalisation, vise à souligner les humiliations et les violences que les gens endurent au quotidien au Congo et autres et invite chacun à ouvrir les yeux sur les injustices subies à travers le monde, n’en déplaise à ceux qui refusent d’affronter certaines vérités émanant de cette collection pour le moins dérangeante.  « Les gens, des fois quand ils viennent, ils regardent pas. Ils passent vite. Ah, ça les touchent. Ils veulent voir des choses qui plaisent. Moi je ne veux pas ça. Moi je fais un travail qui parle ». 

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Freddy Tsimba                        Femme Ciseaux n°33 – 2017

En attendant, il espère que ses pièces seront exposées chez lui à Kinshasa et partout dans le monde avant de finir au mur de Berlin, lieu symbolique et idéal « pour montrer que l’homme doit se relever de toutes ces injustices ».

AKAA 2017: la Foire d’Art Contemporain africain ouvre ses portes ce week-end

[BONS PLANS / GOOD TIPS AND HOT SPOTS]

La Foire d’Art Contemporain africain (Also Known As Africa) ouvre ses portes du 10 au 12 novembre 2017 au Carreau du Temple à Paris. Pour cette 2ème édition, la fondatrice Victoria Mann et la directrice artistique Salimata Diop, ont placé l’évènement sous le thème de la guérison. 38 galeries internationales issues de 19 pays vont présenter le travail de 149 artistes originaires du continent africain et autres. Une occasion pour le public d’aller à la rencontre de ces artistes et peut-être de trouver un moyen de panser certaines blessures…

The Contemporary African Art Fair (Also Known As Africa) is opening its door from 10 to 12 November 2017 at Carreau du Temple in Paris. For its 2nd edition, the founder, Victoria Mann and the Art Director Salimta Diop have placed the event under the theme of healing. 38 international galleries from 19 countries have responded to their invitation and are going to submit the artwork of 149 artists originated from the African continent and elsewhere. A good opportunity for the public to come and meet those artists and maybe to find a way to bind up some wounds …

Vous trouverez le programme ici / Please find the programme here :

http://akaafair.com/rencontres-akaa-2017

Wallay, un film de Berni Goldblat

[BONS PLANS / GOOD TIPS AND HOT SPOTS]

 

Quand le temps nous joue des tours, avec cette chaleur tantôt agréable ou tantôt insupportable, rien de mieux que d’aller se réfugier dans la fraîcheur des salles de cinéma et profiter de « Wallay » de Berni Goldblat actuellement à l’affiche depuis mercredi dernier.

 

Remarqué récemment à la Berlinale ou encore au Festival de Cannes, le film met en scène, Ady, un jeune franco-burkinabé de 13 ans, dont le père, dépassé par le comportement de l’adolescent, décide de l’envoyer chez son oncle au Burkina Faso afin de parfaire son éducation et de faire de lui un homme. Persuadé de partir en vacances Ady ne semble pas disposer à embrasser la voie de la sagesse…

Bande annonce / Trailer

When the weather is playing a few tricks with a heat both pleasant and unbearable, nothing could be better than to seek refuge into cool theathers and profit on « Wallay », the Berni Goldblat’s first long movie, currently on screen since last wednesday.

 

The film that has drawn the attention of the Berlinale and the Festival  of Cannes focuses on Ady, a 13-year-old French-Burkinabe, whose father, exceeded by the teenager’s behaviour, decides to send him to his uncle’s in Burkina Faso so that to further his education and have him become a man. Persuaded that he is going on vacation, Ady is not willing to embrace the path of wisdom…

 

 

 

 

Clap sur Wùlu, le film de Daouda Coulibaly

Il était une fois à Bamako… Wùlu , le premier long-métrage de Daouda Coulibaly, aurait pu débuter  par cette formule d’introduction. Seulement, le réalisateur franco-malien en a décidé autrement. Le film s’ouvre sur une voix off qui interpelle le spectateur  :

Dans la culture bambara, les sociétés d’initiation ont pour rôle de former leurs adeptes de manière à en faire des membres dignes de leur communauté.
Dans la société dite du Ntòmo, les initiés progressent à travers cinq niveaux :
Le niveau du lion enseigne à l’individu d’où il vient.
Celui du crapaud lui dit où il va.
Celui de l’oiseau le renseigne sur ce qu’il est.
Celui de la pintade considère la place de l’homme face au cosmos.
Le dernier niveau éclaire l’initié sur sa place dans la société. C’est le niveau du chien (Wùlu).

Le message est clair. Il annonce un parcours de vie qui se déroule dans un contexte africain.

Entre contes et fables

Pour être reconnu dans la société bambara, l’individu doit se soumettre aux différents rites de passage qui feront de lui un être respectable. « Je pense que Ladji, le personnage principal…il vient de ces valeurs là. Sa priorité, quand on le découvre au début du film, c’est le fait de se respecter lui, de respecter son clan, de respecter sa communauté » nous informe Daouda Coulibaly. Effectivement, les premières images du film présentent Ladji sous les traits d’un apprenti-chauffeur, au service de la communauté. Ce jeune homme nourrit l’espoir d’obtenir, un jour, la promotion qui lui permettrait de s’élever dans la société et peut-être d’atteindre la 5ème étape de son parcours de vie, celle du Wùlu. Le poste convoité est à sa portée mais Daouda Coulibaly préfère lui faire emprunter un autre chemin en le privant de sa promotion. « Ladji, voit ses plans contrariés et s’impose une nouvelle direction. C’est à travers son parcours que finalement il va abandonner ses valeurs traditionnelles, d’où il vient, pour embrasser la voie du crime organisé et ce que la société moderne a de nouveau à offrir comme valeur ».  Le jeune homme, rejoint alors un groupe de narcotrafiquants et connait une ascension fulgurante : il passe de délinquant à criminel en franchissant chaque étape avec succès.

En changeant de trajectoire, Ladji adopte un nouveau profil. Il incarne « l’image de l’enfant terrible » (celui qui fait tout le contraire de ce que la société attend de lui) souvent évoquée dans les contes et les fables. On retrouve également cette même image chez sa soeur Aminata à qui on a attribué les pires caractéristiques : la prostitution, entre autres. Si certains pensent que le personnage d’Aminata contribue à renvoyer une image dégradante de la femme africaine, c’est bien le cas. Mais alors, il faut aller plus loin dans l’analyse et comprendre que c’est une volonté délibérée du réalisateur qui nous rappelle ici le rôle que joue les contes et les fables dans l’éducation d’un enfant. En effet, les deux jeunes gens représentent ce que la société africaine méprise au plus haut point et sont dépeints de manière très négative pour dissuader les enfants de suivre leur exemple. Cette idée est renforcée par une fin tragique où Ladji, malheureux, ne trouve pas sa place dans cette nouvelle vie et décide d’y mettre un terme. Une fin qui signe non seulement la perte d’un être cher pour Aminata mais surtout qui sonne comme une sanction pour toute personne qui ne respecte pas les valeurs de la communauté. « Il y a un côté un peu moraliste dans ce film. Moi j’aime beaucoup les contes initiatiques, ceux qui nous proposent de nous dévoiler, en tant que spectateur, un parcours de vie et donc c’est un peu ça que j’ai essayé de faire…de montrer un parcours de vie de Ladji et de faire en sorte qu’il nous interpelle, nous fasse réfléchir pour provoquer un débat », nous révèle le réalisateur. On est donc à même de se demander si les choses se seraient déroulées autrement si Ladji avait fait des études.

Entre éducation et narcotrafic

Pour beaucoup de pays africains, l’éducation reste un problème majeur. Si des progrès ont été effectués, ces dernières années, dans ce domaine, ils restent néanmoins insuffisants. Un rapport (document 37C/5) établi par l’Unesco en 2014  révèle que « l’Afrique est un continent d’opportunités. Depuis 2000, de nombreux pays africains ont accompli d’importants progrès […] mais accuse un retard dans beaucoup de grands domaines de l’éducation, ce qui entrave son développement socio-économique ». Ce rapport souligne bien le potentiel de l’Afrique et nous amène à nous interroger sur ceux qui profitent de ces opportunités. Une chose est sûre, cela ne concerne pas les laissés-pour-compte qui, à défaut de ne pouvoir être les acteurs directs du développement économique de leur pays, revendiquent leurs existences à travers un marché parallèle : celui de la débrouille. Mais, depuis une décennie, l’arrivée des narcotrafiquants en Afrique de l’ouest a changé la donne. Tout le monde veut profiter de ce commerce lucratif de la cocaïne, depuis le paysan qui peine à faire rentrer l’argent dans son foyer jusqu’au fonctionnaire dont le salaire n’a pas été versé depuis des mois ou encore jusqu’aux hauts fonctionnaires d’Etat qui souhaitent s’enrichir davantage. Profitant de la pauvreté des pays, du manque de contrôle aux frontières et de la corruption des gouvernements africains, ces narcotrafiquants ont réussi à faire de la région une plaque tournante pour le trafic de cocaïne vers l’Europe avec comme conséquence aggravante le développement de la criminalité.

C’est cette réalité que Daouda Coulibaly dépeint dans son film.  « J’ai voulu décrire une réalité qui doit interpeller tout le continent afin de trouver la voie du développement. Il faut commencer par regarder ce qui ne fonctionne pas et essayer de trouver les solutions que l’on peut apporter à ces dysfonctionnements au lieu de faire comme s’ils n’existaient pas ». Pour cela, il s’installe au Mali en 2011 et effectue des recherches sur l’affaire « Air cocaïne » qui a secoué le pays en 2009. Il se penche également sur la « figure criminelle » en Afrique qui selon lui est très peu exploitée dans le cinéma africain. Pour expliquer les raisons qui peuvent mener un homme vers la voie de la criminalité, il cite les écrits de James Baldwin : « La création la plus dangereuse de n’importe quelle société est cet homme qui n’a rien à perdre ». Ladji, est justement un pur produit de la société africaine. A travers ce personnage, Daouda Coulibaly donne la voix à la jeunesse et montre à quel point, celle-ci, en proie aux tourments d’un avenir incertain, mérite qu’on lui prête une oreille plus attentive. « Il faut investir dans le capital humain, investir dans la jeunesse africaine, c’est ça un peu que le film encourage à prendre en considération ».

Wùlu  est un film réaliste qui ne cherche pas à accabler les dirigeants africains mais plutôt à les inciter non seulement à faire face aux problèmes qui freinent actuellement le développement socio-économique mais surtout à trouver des solutions pour construire le continent et offrir un avenir à la jeunesse. Pour ce premier long-métrage, Daouda Coulibaly a rempli son contrat. C’est un film qui fait du bien et qui est encourageant pour l’avenir du cinéma africain.

 

 

 

 

 

 

Wùlu, un film de Daouda Coulibaly

[BONS PLANS ET SORTIES / GOOD TIPS AND HOT SPOTS]

« Wùlu »,  le premier long-métrage du réalisateur Daouda Coulibaly, sort en salle aujourd’hui. Le film dresse le portrait de Ladji, un jeune chômeur de 20 ans, contraint de rejoindre un réseau de narco-trafiquants pour échapper à un quotidien difficile. En effet, sa soeur, Aminata, s’adonne à la prostitution pour faire bouillir la marmite. Touché dans son amour-propre, l’argent facile devient, pour le jeune homme, l’unique solution à ses problèmes…

Emmenés par la talentueuse Inna Modja et le brillant acteur Ibrahima Koma, ce film nous plonge dans la réalité du Mali et pointe du doigt les maux qui asphyxient et fragilisent la jeunesse africaine. Il met également en lumière l’impuissance des gouvernements africains face au trafic de cocaïne qui ronge actuellement les pays de l’Afrique de l’ouest et les conséquences profondément inquiétantes qui en découlent : la montée du terrorisme et la déstabilisation des États africains.

Entretien avec le réalisateur Daouda Coulibaly à venir…

Bande annonce / Trailer

Daouda Coulibaly’s first long movie, « Wùlu », has been released in theater today. The film paints the portrait of Ladji, a 20-year-old unemployed man compelled to approach a network of drug dealers to escape from hard everydaylife. Actually, his sister Aminata is involved in prostitution so that to put food on the table. His ego smarting from the challenge, easy money sounds like the only solution for the young man…

Led by the talented actress Inna Modja and the brilliant actor Ibrahima Koma, this film plunges us into the Malian reality and points the finger at the society’s ills that are affecting and undermining African youth. It also exposes the impotence of African rulers to face up drug trafficking that is currently plaguing West African countries with consequences  deeply worrying : the rise of terrorism and the destabilisation of African States.

Interview with Daouda Coulibaly coming soon…

« Les initiés », un film de John Trengove

[BONS PLANS ET SORTIES / GOOD TIPS AND HOT SPOTS]

« Les initiés » de John Trengove vient de sortir en salle. À l’affiche depuis mercredi dernier, ce premier long-métrage du réalisateur sud-africain relate l’histoire de Xolani, un ouvrier solitaire, dont la mission est d’accompagner des jeunes adolescents dans leur rite de passage à l’âge adulte. Cette retraite annuelle et ponctuelle dans les montagnes du Cap Oriental, constitue l’unique occasion pour le jeune homme de retrouver secrètement son collègue et amoureux, Vija, avec qui il entretient une relation tumultueuse et passionnée. Leur secret est percée à jour par Kwanda, un jeune initié de Johannesbourg…

Bande annonce / Trailer

« The Wound » by John Trengove has been released in theatre. Currently played since last wednesday, the South African director’s long movie centres on the story of Xolani, a lonely worker whose mission is to mentor young teenagers in their rite of passage to adulthood. This one-time retirement into the Eastern Cape bush, represents the only opportunity for the young man to meet secretly his lover and caregiver Vija with whom he has a turbulent and passionate relationship. Their secret is brought to light by Kwanda, a young initiate from Johannesburg….

Clap sur « Félicité » : le coup de maître d’Alain Gomis

Depuis plusieurs semaines, une certaine effervescence règne autour de l’oeuvre cinématographique d’Alain Gomis. Félicité, est effectivement, un film qui ne laisse personne indifférent. Pour ce 4ème long-métrage, Alain Gomis s’est surpassé. Il s’est même envolé. La clé du succès : un rôle taillé sur mesure pour l’actrice et héroïne du film, Véro Tschanda Beya dont le charisme transperce littéralement l’écran. « Elle a fait un hold-up », nous révèle le réalisateur. La performance de l’actrice est certes remarquable, mais, c’est avant tout, Alain Gomis qui a fait le « hold-up » en amont.

Un scénario bien ficelé

C’est à partir de personnages et de choses inspirés du Sénégal, que le réalisateur commence son ébauche. « Il y avait pas encore l’histoire. Y’avait ce personnage de femme. J’avais cette histoire avec son fils et y’avait cette histoire sous-jacente de l’invisible ». Le projet prend vraiment forme le jour où il visionne une vidéo du Kasai Allstars. Porté par la musique de ce groupe congolais, Kinshasa s’impose comme une évidence dans son esprit. « Je voulais vraiment faire un truc sur l’urbanité africaine et là tout à coup, c’est la grosse ville, je ne la connais pas. Y’a tout ce truc qui, à la fois effraie et à la fois fait envie. Bon voilà, Kinshasa c’est mythique… ».

felicite_04_c_andolfiLe scénario est écrit en français puis traduit et adapté en lingala. Conscient des complexités liées à la  traduction, Alain Gomis et ses collaborateurs décident de composer avec. « Certaines choses », comme il le souligne, « sont intraduisibles dans une langue…Il faut accepter de perdre ». Il sait surtout que la compréhension d’une culture passe par la langue d’où le choix du lingala comme langue principale du film.

D’autre part, pour créer le personnage ambivalent de Félicité, il choisit d’opposer deux structures narratives différentes, une descendante et une autre ascendante, qui ne sont pas sans nous rappeler les travaux de Denise Paulme sur La Morphologie des contes africains. En effet, ces deux structures constituent ce que l’auteure considère comme une « forme en miroir, typique des contes initiatiques…où les acteurs principaux sont deux et le conte se joue en deux parties symétriques ». Dans ce cas précis, il existe bien deux personnages principaux : Félicité 1 qui relève du monde réel et Félicité 2 qui appartient au monde onirique. La première part d’une situation positive, subit une épreuve dont le résultat est négatif tandis que la deuxième part d’une situation négative, subit une épreuve dont le résultat est positif. En effet, Félicité 1 mène une vie normale en chantant le soir dans un bar. Son fils a un accident. Elle échoue dans sa quête d’argent pour sauver la jambe de son fils.  En revanche, Félicité 2 fait souvent le même rêve où elle erre dans la forêt. Un rêve cyclique dont elle n’arrive pas à se détacher. Elle finit par se laisser noyer dans une rivière puis remonte à la surface et accepte sa destinée. En mixant le monde du visible et de l’invisible et en intégrant des codes de lecture propres à l’Afrique, Alain Gomis donne une autre dimension à son travail.

Pour terminer, le scénario comporte peu de dialogues. Le réalisateur joue sur une alternance de silences et de musique pour transmettre les émotions. Cette manière d’opérer oblige les acteurs à travailler davantage leur langage corporel. Un exercice, qui de premier abord, peut paraître difficile pour des comédiens sans expérience.

Un jeu naturel

Quand Véro Tschanda Beya se présente pour la première fois au casting, Alain Gomis est décontenancé par son apparence qui contraste fortement avec sa personnalité. « Je me souviens qu’elle est arrivée avec une tenue voyante et très maquillée. J’ai d’abord, pensé à elle pour un petit rôle mais elle envoyait tellement que je lui ai demandé de revenir – sans ses artifices ». Tout au long du casting, l’actrice fait preuve d’un sens inné du jeu et impose son style à Alain Gomis, qui finit par capituler. « J’ai rarement eu en face de moi ce type de puissance ».

IMG_0078En dépit de son manque d’expérience, Alain Gomis lui fait confiance. Il lui laisse l’espace nécessaire pour s’exprimer librement. « Moi, je ne dis pas grand chose du personnage à un comédien, j’essaie de rester très concret sur la situation ». Le résultat ne se fait pas attendre. L’actrice trouve naturellement sa place dans un environnement qui lui est familier et en même temps, remet en question tous les à priori sur le manque de jeu des acteurs africains. En effet, la maîtrise parfaite de la langue, de son corps et de l’espace lui permet de comprendre le personnage de Félicité et donc d’intégrer aisément son histoire.

Cette lecture juste du personnage peut trouver une explication dans l’éducation traditionnelle africaine. Dans son ouvrage History of Education in Nigeria, Aliu Babatunde Fafunwa (1923-2010) souligne que l’éducation africaine vise, entre autres, « à développer les capacités physiques de l’enfant…L’adaptation de son organisme à l’environnement est donc important. En observant les adultes dans leurs activités, l’enfant parvient très vite à les imiter…L’espace lui permet de sauter, grimper ou encore danser ». Ainsi, grâce à un sens inouï de l’observation, l’enfant est capable de reproduire spontanément les gestes de la vie quotidienne. La transmission du savoir s’opère naturellement sans que l’adulte n’intervienne parce que l’enfant sait ce qu’il à faire. Alain Gomis a procédé, ici, de la même façon. Il a planté le décors et a laissé l’actrice mener la danse à sa guise.

Tourner en Afrique, c’est aussi accepter une part d’improvisation. Pour les scènes de bar, le réalisateur et son équipe se sont invités dans un lieu et ont laissé les acteurs s’illustrer au milieu de la population locale. Cet exploit technique, fruit d’un beau collectif, demande beaucoup d’énergie et le résultat est magnifique : les acteurs sont en symbiose avec la population. « Si la régie et la production exécutive sont bien connectés, savent se connecter dans les différents endroits où on espère tourner, s’ils savent discuter, intégrer la population au film, on peut filmer partout…Tu tournes avec la ville, c’est elle qui fait le film ».

En optant pour un langage cinématographique cohérent et propre à l’Afrique, Alain Gomis prouve qu’il existe bien un cinéma africain. La  reconnaissance de « Félicité » à la Berlinale et au Fespaco permet à ce cinéma, longtemps ignoré, de s’ouvrir vers l’extérieur. Il faut maintenant espérer que cette reconnaissance incitera davantage les pays africains à investir dans la construction d’écoles et de salles de cinéma. L’avenir du cinéma africain en dépend.

Bibliographie

  • Paulme Denise. Morphologie du conte africain.. In: Cahiers d’études africaines, vol. 12, n°45, 1972. pp. 131-163.
  • Fafunwa, A. Babs, History of Education in Nigeria (London: G. Allen and Unwin, 1974), pp. 13-48