« World » – by Dutch photographer Ruud Van Empel

Ruud Van Empel est un artiste visuel néerlandais, connu pour sa technique d’assemblage photos réalisé sur ordinateur. A partir de plusieurs clichés pris séparément, il réussit la prouesse  de re-créer  des images quasi parfaites qui font aujourd’hui de lui un artiste hors-normes. Dans sa série « World », réalisé en 2005 et exposé dans plusieurs musées internationaux, il utilise cette technique très personnelle pour  mettre en scène des enfants dans un univers presque irréel et révèle en même temps « l’innocence, symbole de la beauté ». Entretien avec Ruud Van Empel, un artiste hors du commun.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours en quelques mots   ?

J’ai été diplômé avec distinction de l’Académie des Beaux Arts de St Joost à Breda (Pays-Bas). Au milieu des années 90, j’ai décidé de me concentrer sur le métier d’artiste visuel. Mes premières séries de photo s’intitulent The office (1995-2001), Study for Women (1999–2002) and Study in Green (2003). Je l’ai présenté dans une exposition individuelle au Musée de Groninger sous le titre de Waterpas of Optisch recht ? (Plat ou optiquement droit ?). Mais je dois ma percée internationale aux séries intitulées World, Moon, Venus (2005–2008)…Elles ont été exposées pour la première fois au Picture Eden, une exposition organisée par Déborah Klochko au George Eastman House (Rochester, NY). Après cela, j’ai eu des expositions individuelles dans plusieurs musées : les musées de Groninger, de Noord Brabant et de Het Valkhof au Pays-Bas, le musée de Fotografiska à  Stockholm en Suède, le Musée des Arts Photographiques de San Diego aux Etats-Unis et le Musée de la photographie d’Anvers en Belgique.

Ruud Van Empel en images…par Erik Van Empel / Ruud Van Empel in images…by Erik Van Empel

La série « world » continue de susciter l’intérêt du public. Pourriez-vous nous expliquer l’histoire derrière cette série ?

J’ai débuté cette série en 2005. Je voulais faire des portraits sur l’innocence et la beauté et j’ai utilisé des clichés de famille réalisés par mon père comme point de départ, des photos de mon frère et moi lorsque nous étions enfants dans les années 60. A cette époque, je travaillais sur la beauté parce que c’est ce qui m’impressionne toujours après plusieurs années. Beaucoup de choses  ne retiennent plus mon attention ou  perdent  leur attractivité au bout d’un certain temps. Les choses évoluent avec le temps. Mais la beauté dure, elle ne perd pas son attractivité et pour moi l’innocence est quelque chose de magnifique tout comme la nature. C’est pourquoi j’ai combiné ces deux élément. En 2004, j’ai réalisé des portraits d’enfants blancs représentant l’innocence mais j’ai été critiqué pour ça parce que les gens disaient qu’ils étaient trop blancs et sous-entendaient que j’avais une raison particulière de faire ça, ce qui était évidemment ridicule. Donc j’ai décidé de travailler ce même concept de beauté et d’innocence sur des enfants noirs car selon moi, il n’y a pas de différence entre un enfant noir et un enfant blanc. Ils sont tous les deux innocents ! Je réalisais que ce n’était pas évident pour tout le monde. Dans l’histoire de l’art, c’est toujours un enfant blanc qui représente le symbole de l’innocence. C’est comme ça que les séries ont commencé et celle-ci est l’une des plus populaires aujourd’hui. Ce travail suscite toujours autant l’intérêt à à l’échelle internationale.

Comment avez-vous réussi à atteindre un tel niveau de perfection ?

Quand je réalise un portrait, je photographie d’abord les modèles dans mon studio avec les mêmes positions et la même lumière que les photos prises par mon père. Ensuite, sur le terrain, je prends, par exemple, des photos de plusieurs arbres et des gros plans de feuilles, de fleurs et d’autres détails que je trouve dans la nature. Au Zoo, je photographie toutes sortes d’animaux. Toutes ces photos sont stockées dans ma base de données que j’exploite quand je suis prêt pour le montage. Celui-ci me prend 2 à 4 semaines pour arriver à un bon résultat. C’est une technique très personnelle que j’ai développé.

Avez-vous un projet particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ?

Je travaille toujours sur plusieurs projet à la fois. En ce moment je travaille sur une série de paysage.

Cette photo ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Ce travail est inspiré d’une photographie de ma nièce en 1965 prise à la sortie de l’église le dimanche. Elle était habillée pour l’occasion. Pour la série World, j’ai utilisé les photos prise par mon père dans les années 60 et j’ai re-construit l’image avec des enfants noirs.

Découvrez les oeuvres de Ruud Van Empel sur son site internet : web.ruudvanempel.nl


Ruud Van Empel is a Dutch visual artist , known for his technic of photographic assemblage performed on computer. From different pics taken separately, he managed to re-create near perfect images that, today, provide him an outsider artist status. In his 2005 « World » serie, exhibited in various international museums, he uses this very personal technic to stage children in an unreal universe and unveils at the same time « Innocence as a symbol of beauty ». Interview with Ruud Van Empel, an uncommon artist.

Please tell us about yourself in a few words…

I graduated Cum Laude from the Academie of Art St Joost, Breda (1976–1981). In the mid-
nineties, I decided to develop myself further as a visual artist. My first photo series are
entitled The office (1995-2001), « Study for Women » (1999–2002) and « Study in Green » (2003). I presented this first solo exhibition at  Groninger Museum in 1999 under the title Waterpas of Optisch recht? (Level or Optically straight?). My international breakthrough came with the series of works entitled « World », « Moon », « Venus » (2005–2008)… These were first exhibited in the Picturing Eden exhibition, curated by Deborah Klochko, at the George Eastman House.(Rochester NY) After that I had solo exhibitions in several museums as the Groninger Museum, The Noord Brabants Museum and the Museum Het Valkhof in the Netherlands, Fotografiska in Stockholm Sweden, MoPA in San Diego, USA and the FoMU photography museum in Antwerpen, Belgium.

« World » serie keeps on arousing the interest of the public. Could you explain us the story behind it ?

I started this series in 2005, I wanted to make portraits of innocence and beauty, and used my father’s family photos as a starting point, photos from my brother and I when we were kids in the sixties. I was working with beauty in those days because it is something that keeps impressing me after so many years. Now, many things don’t impress me anymore, and many things loose their attraction after a while. That’s just the way things go when years pass by. But beauty is permanent, it does not loose its attraction, and for me innocence is something beautiful, and so is nature. So I wanted to combine those elements. In 2004, I did several portraits  of white kids portraying innocence, but I was critizised for that because people said they looked too white, and suggested I had a special reason for that, which was ridiculous of course. So I decided I could do the same concept about beauty and innocence with black kids, because as I see it, there is no difference between white or black kids. They are both innocent ! However, I did not realize this was not self-evident for everybody. In the history of Art it was always a white child that was portrayed as the symbol of innocence. This was the first time a black child was portrayed as the symbol of innocence. That is how this series started. It is my most popular series until today, and I still get reactions on this body of work from all over the world.

How did you proceed to reach such level of perfection ?

When I make a portrait I photograph several models in my studio in the same positions and with the same light that the pictures took by my father. On location I  photograph, for example, many trees and many close-ups from leaves, flowers and other details from nature. In the Zoo I take some photos from all kinds of animals. All these photos are placed under a name in my Database that I exploit once  I am ready to make a montage. The latter takes me  2 to 4 weeks to have a good result. The technique I use is very personal and is one that I developed myself.

Are you currently working on a particular project ?

I always work on several project at once. Currently I am working on a series of natural
landscapes.

Your  picture above is our crush ? Can you highlight us about it ?

This work is inspired from a photograph of my niece in 1965. It was taken after she left Church on Sunday, and she was dressed for the occasion. For the « World » series, I used family photos my father took from us as children in the sixties and re-made those images with black kids.

Discover Ruud Van Empel’s artwork on his website : web.ruudvanempel.nl

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Aïssatou Touré : l’artiste sénégalaise aux multiples talents

Photo Copyright  Haby Diallo – Festival XEEX – Fresque réalisée par Haby Diallo et Aïssatou Touré

A l’occasion de la Journée de la Femme, je voulais dresser le portrait d’une femme africaine célèbre au parcours remarquable. Une personne qui aurait profondément marqué son temps par ses prises de positions  et dont le courage et la détermination force l’admiration et le respect. J’avais pensé à la première réalisatrice africaine : la sénégalaise Safi Faye…Entre-temps, j’ai découvert, Aïssatou Touré, une jeune graphiste et entrepreneuse, originaire, elle aussi, du Sénégal. Son parcours n’est pas sans rappeler celui de Safi Faye dans la mesure où elle exerce un métier où très peu de femmes sénégalaises s’y illustrent. Elle n’est pas célèbre, je vous l’accorde, mais je suis persuadée que cette jeune femme de 30 ans va, elle aussi, marquer son temps à sa manière et servir de modèle pour les générations à venir. Entretien avec Aïssatou Touré, l’artiste aux multiples talents.

Quel est votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a amené à vous orienter dans les arts graphiques ?

Après avoir étudié  l’anglais à l’Université Cheikh Anta Diop pendant un an et demi, un traitement médical m’a contrainte, progressivement, à arrêter mes études. Durant ma convalescence, pour me changer les idées, ma famille m’a encouragé à m’inscrire à une formation en infographie/webdesign. J’avais acquis quelques notions  par ma grande-sœur, qui était webdesigner à cette époque là. Le fait de sortir major de ma promotion  m’a incité, l’année suivante à poursuivre mes études en arts numériques à l’Ecole des Arts Visuels de Dakar. Cela  m’a permis d’acquérir davantage de connaissances et de perfectionnement, notamment en matière de Design, en graphisme et en peinture, grâce à  des professeurs compétents.  Un an après, en 2011, j’ai ouvert mon studio graphique et d’infographie que j’ai appelé Graffiks To’. En 2014, j’ai lancé ma petite marque de vêtements, « GTo’-Urban Wear by Aïssatou T.« . En plus de mes créations textiles je propose également des objets décoration ou d’ameublement peints à la main.

Vous êtes portraitiste, artiste plasticienne, designer en textile, entrepreneuse …Comment vous définissez-vous ?

Souvent, lorsqu’on me demande de me présenter, j’avoue que j’ai un peu de mal.
En effet, à chaque fois que l’on me demande de préciser et de détailler mes activités, je
commence par dire que je suis gérante d’entreprise, designer graphiste, artiste plasticienne, portraitiste, …Je suis le genre d’artiste à ne pas trop vouloir m’exposer…cependant, lorsque le public apprécie mes œuvres et me le fait savoir, cela me va droit au cœur et ça, ça vaut tout l’or du monde. Raison pour laquelle je préfère me définir comme étant une artiste polyvalente, c’est plus simple !

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?

Ce qui me passionne avant tout c’est la recherche d’idées, la source d’inspiration. Car l’art, avant tout, ce n’est pas de s’inspirer de tout ce qui est en rapport avec l’art, mais de s’inspirer absolument de tout, de tout ce qui touche notre environnement et le monde. J’ai toujours  un carnet de dessin et un crayon ou stylo encre à portée de main, ce qui me permet de croquer et d’esquisser rapidement des idées à approfondir plus tard. J’utilise aussi Pinterest, une merveilleuse mine d’inspiration que je recommande à tous les artistes et designers. J’aime également m’inspirer des tenues de personnes que je croise dans la rue, qu’ils soient traditionnels, urbains, africains ou autres. En mixant ces différents styles avec ma propre créativité, il en  ressort, dans mes dessins de mode quelque chose d’assez original. Ensuite, vient la phase de la matérialisation. Que ce soit un portrait, un sac, ou un vêtement, je garde toujours, à l’esprit, les grandes lignes de mon idée et, au fur et à mesure, j’enlève ou je rajoute des éléments à la création. C’est ça qui me passionne.

A-t-il été facile de vous imposer en tant que femme et artiste au Sénégal ?

Je dirais oui en tant que femme et plus ou moins en tant qu’artiste. Depuis plus
d’un demi-siècle, le Sénégal a pu s’illustrer à travers diverses manifestations culturelles grâce à des artistes et acteurs culturels brillants, et notamment des femmes, dans les domaines de la littérature, l’art plastique, théâtral et cinématographique, le design, la danse, etc. Je les remercie énormément, car c’est grâce à elles que de nombreuses femmes aujourd’hui, dont moi-même, peuvent exercer librement divers métiers d’art et s’y imposer, avec de nouvelles formes d’expressions tels que le Slam, la photographie urbaine ou le graffiti. En ce qui me concerne, et c’est là où intervient le plus ou moins, c’est qu’il n’y a pas encore assez de femmes qui exercent l’infographie et le design graphique. Je me rappelle à mes débuts il y a six ans, j’étais un peu hésitante quant à publier mes œuvres sur ma page professionnelle et dans les réseaux sociaux (…) car je ne voyais aucune autre femme en faire autant. On m’envoyait régulièrement des messages (et même jusqu’à présent) pour me demander si c’était bien moi qui avait réalisé ces créations, très complexes… Et avec plaisir je réponds toujours « oui, c’est bien moi, merci beaucoup »!  En fait, au Sénégal, un des principaux problèmes que j’ai pu rencontrer et que peut rencontrer un artiste (homme ou femme), est de ne pas pouvoir se promouvoir comme il le mérite, aussi bien se faire connaître et trouver des lieux d’expositions. Les évènements culturels assez importants comme la Biennale de Dakar par exemple sont périodiques et le coût de la location pour exposer dans certaines galeries peuvent se révéler assez cher. Je tiens à remercier mon amie de longue date et collaboratrice et designer Haby Diallo, qui m’a permis gentiment d’organiser ma première exposition durant la Biennale de Dakar en 2012, dans sa galerie Créas I Am.

Et votre entourage, que pensent-ils du métier que vous avez choisi d’exercer ?

J’ai grandi dans un environnement familial où règnent principalement la culture, les arts
et surtout les lettres. Mes parents ne nous ont jamais obligé mes grandes-sœurs et moi à suivre une voie qui ne nous plaisait pas. Bien au contraire, tous les moyens (y compris le soutien moral) étaient mis en œuvre pour que nous puissions réussir. Mon père (malheureusement décédé l’an dernier) a été Directeur général de la Culture et de la Communication à l’Agence de Coopération culturelle et technique (A.C.C.T., actuelle OIF) et ma maman est une ex enseignante-chercheure à la retraite. Mes parents et mes grandes soeurs ont contribué à développer ma culture générale. Je leur en serai toujours reconnaissante. C’est peut-être ça qui me pousse tous les jours à me dépasser en tant que personne et aussi en tant qu’artiste. Leur avis à chacun compte toujours pour moi, ce qui fait que ma famille est sans aucun doute ma principale source d’inspiration !

Quels sont les graphiques designers que vous admirez ou qui vous inspirent ?

Il y en a beaucoup. Je citerai tout d’abord  les deux tout premiers dessinateurs qui m’ont donné envie de faire du portrait et de l’art graphique quand j’étais enfant : Bernard Dufossé , un dessinateur français de bande dessinée, dont j’appréciais beaucoup le style soigné et esthétique qu’il apportait à ses personnages, notamment les personnages africains. Ensuite, Barly Baruti, un dessinateur congolais de bande dessinée, qui m’a véritablement inspiré et continue jusqu’à présent à m’inspirer dans mon travail en rapport avec l’encrage. Son style est si réaliste que j’avais l’impression que ses personnages allaient commencer à se mouvoir sur la feuille. Ce fut un grand moment pour moi lorsque j’ai pu le contacter et lui faire part de mon admiration pour ses dessins et de découvrir que c’était réciproque. C’est véritablement un grand monsieur, courtois et très sympathique !  Andy Warhol est bien évidemment, une grande source d’inspiration dans mon travail de design textile fait main et mes portraits sur tissu, car il a élevé la sérigraphie au rang d’ art « pop » et contemporain, notamment avec des portraits, des objets du quotidien ou des évènements (…)

Avez-vous un thème particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ou envisagez de travailler ?

En ce moment, je travaille sur mes collections à venir pour 2016 : créations vestimentaires, mais aussi de décoration et d’ameublement. Je travaille encore et toujours sur le thème du portrait, mes propres motifs et la sérigraphie fait main (…)  L’un de mes principaux projets est d’organiser chaque année des ateliers artistiques et des activités culturelles comme le théâtre.  Cette année, en particulier, je compte faire participer des personnes handicapées, malentendantes ou malvoyantes issues des différents centres spécialisés du Sénégal. Je pense que l’art est accessible à tous et contribue au bien-être et à  l’épanouissement de chacun.  Je me prépare aussi à participer au Festigraff (Festival International du Graffiti en Afrique/Sénégal) dont la 7ème édition aura lieu à Dakar du 26 Avril au 05 Mai 2016. Ceci après avoir participé au Festival XEEX en Décembre dernier, évènement culturel initié, depuis des années,  par Nicolas de la Carrera, dans le quartier de la Médina, pour la sauvegarde le l’environnement et l’amélioration du cadre de vie de ses populations. Si le temps me le permet, vers la fin de l’année je compte organiser une nouvelle fois une exposition individuelle sur le portrait et mes créations artisanales.

Cette esquisse ci-dessous (Femme artisane à Diourbel) est notre coup de cœur. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

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Ma mère aide depuis plusieurs années déjà des artisans dans toutes les régions du Sénégal. Je me suis inspiré des photographies prises lors de ses voyages dans les communautés rurales pour réaliser  des œuvres entièrement dessinées à l’encre de Chine et au stylo, dont celle-ci avec les femmes artisanes de Diourbel, spécialistes de la vannerie (tressage de paniers) et de la céramique (poterie). C’est aussi une manière de faire connaître davantage les métiers de l’artisanat d’art du Sénégal au public d’ici et d’ailleurs, car faute de moyens beaucoup n’arrivent pas à écouler leurs productions et malheureusement leur savoir-faire risque de disparaître avec le temps. Ainsi, depuis 2013, avec ma caméra je vais à la rencontre des Maitres Artisans spécialisés dans divers domaines et réalise ainsi des webdocumentaires.  L’art et la culture, c’est la base de toutes les civilisations du monde entier et tout  le monde peut s’en inspirer pour aller de l’avant.

Découvrez le travail d’Aïssatou Touré:

 

On the occasion of the International Women’s Day, I wanted to set the background of  a famous amazing African woman. Someone who has deeply marked her time by her opinion and whose courage and determination inspire admiration and respect. I was thinking about the first African filmmaker : the Senegalese Safi Faye…In the meantime, I have the opportunity to interview, Aïssatou  Touré, a young graphic designer and entrepreneur  who is also originated from Senegal. Her artistic path reminds me of Safi Faye’s one as she is carrying on an occupation that is is hold by very few Senegalese women. She is not that famous, I know, but I am persuaded that this young 30-year-old woman will personally mark her time and will be a model for the next generation. Interview with Aïssatou Touré, the multi-talented artist.

 

Whats is your background ? What made you decide to study Graphic Design ? 

After I studied English for one year and a half at Cheikh Anta Diop University, a medical treatment progressively forced me to stop my studies. During my recovery, my family encouraged me to attend a computer graphics and webdesign courses so that I could switch myself off from the disease. I had some notions from my older sister who were a webdesigner at that time. As I came out top of the year the following year, this prompted me to seek further education in digital arts. I acquired further knowledge and training in terms of design, graphic design, painting, thanks to talented teachers. The year after, in 2011, I opened a  graphic design studio, called  Graffiks To’ and I launched my brand of clothing « GTo’-Urban Wear by Aïssatou T. » in 2014. In addition to my textile design, I also create hand-painted decorative items and furniture

You are a portraitist, a visual artist, a textile designer, an entrepreneur…How do you define yourself ?

When I am asked to introduce myself, I often have little trouble. Actually each time
I have to specify orgive details on my activities, I often start by saying that I am an entrepreneur, a graphic designer, a visual artist, a potraitist…I am the kind of artist who doesn’t want to expose myself…However when people show real interest in my artworks and let me know, I am heartened and that is worth all the gold in the world ! This is the reason for why I prefer to consider myself as a versatile artist. It’s easier

What do you like most about your job ?

What is passionating above all is searching ideas, the source of inspiration.  Art is not having inspiration from anything that concerns art but being absolutely inspired from anything and especially things that are linked to our environment and the world. I always have a drawing book and a pencil or an ink pen at hand. That allows me to design and sketch rapidly the ideas to be deepened later. I also use « Pinterest », a wonderful souce of inspiration that I recommend to all artists and designers. I like being inspired by the outfits of people I met in the streets, whether they are traditional, urban, african, etc,. While mixing those different styles with my own creativity, something rather original appears on my fashion drawings. Then comes the realisation step. Whether it is a portrait, a bag or a clothe, I always keep in mind the outlines of my idea and little by little I withdraw or add elements to the creation. I guess that’s what I like about my job.

Was it easy for you to impose yourself as both a woman and an artist  in Senegal ?

Yes as a woman and more or less as an artist. For over half a century, Senegal has been at the heart of various cultural events thanks to artists and brilliant cultural actors and especially women in the field of literature, plastic art, theatre,cinema, design, dance,etc… I am grateful because thanks to them many women, included myself, have today the opportunity to exercise in different art activities freely and to impose ourselves with new forms of expression such as Slam, urban photography or graffiti. For my part, and that is where  the more and less has all its importance, women are poorly represented in graphic design and computer graphic areas. I remember when I started this job six years ago, I was reluctant to post my artworks on my website and on social networks (…) because I couldn’t see any other woman doing so. I regularly received messages (and even today) from people asking me if  I was the author of those very complex designs…  I always answer with great pleasure « Yes, it’s me. Thanks so much ». Actually, in Senegal, one of the major challenges I have met or an artist (man or woman) can met is the lack of visibility. An artist cannot be promoted as he deserves and finding an exhibition place is difficult. Significant cultural event such as the Dakar Biennale for example are periodic and the cost for an exhibition place in galleries is rather expensive. I would like to thank my dear friend of many years, designer and collaborator Haby Diallo, who kindly offered me the opportunity to organise my first exhibition in her gallery Créas I Am during the 2012 Dakar Biennale.

What about your friends and family ? What do they think about your job ? 

I grew up in a family environment where Culture, Arts and Letters reigned. My parents never oblige my older sisters and I to follow a path we didn’t want to. On the contrary they did their best providing us ressources and moral support to ensure we succeed. My father (he unfortunately died last year) was General Director for Culture and Communication  at  the Agency for Cultural and Technical Co-operation (A.C.C.T., currently OIF) and my mother was a former teacher-searcher (currently retired). My parents and my older sisters  have helped me develop my general culture. I will be forever grateful to them.  This is the reason for why everyday I am constantly trying to challenge myself as a person and also as an artist. Their opinion is important and my family is undoubtedly my main source of inspiration !

Which are the graphic designers you admire or take inspiration from ?

There are many. First, I mention the first two cartoonists who made me want to become a portraitist and practise graphic design when I was a child :  Bernard Dufossé , a comic French cartoonist of whom I enjoyed the neat aesthetic style he brought to his characters especially for the African ones. Then, comes Barly Baruti, a comic Congolese cartoonist who really inspired me until today while working  with inking. His style is so realistic that you have the impression the characters are moving on the paper. The day I contacted him to  express my admiration for his work  and discovered that was reciprocal was a great one.  He is undoubtedly a great man, friendly and pleasant !  Andy Warhol is obviously a big source of inspiration for my hand-painted textile design and my portrait realised on fabrics because he raised screnn printing to a contemporean pop art level, especially with portraits, daily items or events (…)

What are you working on now and what are you planning to work on in the future?

Currently I am working on my 2016 collection : clothes, decorative items and furnishing. I am still working on portraits, my own patterns and handmade screen printing (…)  One of my main project is to organise a yearly  artistic workshops and cultural activities such as theatre. This year, particularly, I plan to have disabled persons, hearing or visually impaired ones  from different specialised  institutions of Senegal participated in those activities. I think  art should be accessible to all as  it contributes to each one’s well-being and fulfilment. I am also planning to participate to Festigraff  (Senegal International Festival of Graffiti sheduled from 26th April to 5th May 2016). I participated to  XEEX Festival (another graffiti Festival) last December, an event created by Nicolas de la Carrera in the Medina’s neighbourhood. The Festival aims at protecting the environment and  improving the living conditions of the inhabitants . If I have time I will try to organise once again  an indiviual exhibition on portraits and craftworks.

This sketch below (Diourbel craftwoman) is our crusch. Could tou tell us more about it ? 

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My mother has been helping craftmen of all the regions of Senegal for many years. I had inspiration from the photos she took during her travels to rural communauties and the artwork I made are entirely with ink  and pen, among which, this one with the craftwomen from Diourbel who are experts in basketry and ceramics. It is a goood way to have the Senegalese handcraft known by people from here or elsewhere. Many of them are having dificulties in selling their products and unfortunately their know-how is disappearing with time. So, since 2013,  I have been meeting craftmen from different fields and I have made wedocumentaries. Art and culture are the foundation of all the Civilisations of the world and one can inspire from it to move forward.

 

Discover Aïssatou Touré’s artwork :

 

 

Little Go Girls – Clap sur la réalisatrice Eliane De Latour

Photo « Blancho » copyright Eliane De Latour

Eliane De Latour  aime parler de « Go » et elle en a fait son sujet de prédilection. La réalisatrice de Bronx-Barbès revient avec un documentaire saisissant sur la prostitution des femmes à Abidjan. Dans « Little Go Girls« , elle suit leur quotidien et tente d’apporter un peu de lumière et d’humanité dans la vie de ces êtres que la société ivoirienne considère comme des déchets sociaux. Ce qui l’intéresse, « c’est comment des personnes qui sont reléguées socialement, arrivent encore à se construire comme sujets par ses rêves, par ses incertitudes, par ses doutes, par sa capacité d’innovation et d’intervention avec et contre une société qui les exclue ». Nous avons voulu en savoir plus sur ce documentaire et nous sommes allés à la rencontre de la réalisatrice.

Comment vous est venu l’idée de faire un documentaire sur la prostitution des femmes à Abidjan ?

L’idée du documentaire n’est pas venu tout de suite. J’ai d’abord essayé de prendre une place dans les ghettos où ces filles se vendent. Comme tout anthropologue, on cherche à avoir une place qui soit justifié, où l’on apporte quand même quelque chose. On n’est pas simplement là pour prendre. Très bizarrement, c’est la photo qui m’a donné cette place. Je suis devenue la photographe du ghetto. Je photographiais absolument tout le monde et je donnais les portraits à chaque fois que je revenais. Ça m’a permis de tenir deux ans comme ça, dans les ghettos avec ce système d’échange. A l’époque, je pensais à pas grand chose…en dehors de faire mon métier d’ethnologue, faire des entretiens quand je pouvais et arriver à travailler sur cette économie de la prostitution de ghetto. C’est une économie particulière…Après, j’ai proposé aux filles, à la fin de ces deux années de faire une exposition (…) Elles ne savaient pas très bien ce que c’était. Et je leur ai expliqué (…) Je voulais absolument avoir leur accord. Parce que j’aurais très bien pu partir,  au bout de ces deux années, avec tous mes clichés et faire une exposition dans leur dos. Elles en auraient rien su. Je ne voulais pas. Je voulais absolument être légitime et avoir leur autorisation. Donc, j’ai fait passé un papier où j’avais écrit notre petit accord (…) Sur la totalité des filles que j’ai vu, 53 m’ont donné leur accord. Les autres m’ont dit non. Je leur ai dit qu’elles étaient libres de dire non. Sur ces 53 filles, j’en ai sélectionné 35 pour l’expo, uniquement pour des choix photographiques. Quand je suis revenue après la guerre, j’en ai retrouvé 22. J’ai mis 6 mois avant de monter le projet de la « Casa des Go ». Sur les 22, j’en ai perdu 12 et à la fin du projet il y en a 4 qui sont restées et qui sont encore là avec moi.

Vous filmez ces filles de l’intérieur avec simplicité et justesse. Est-ce l’œil de l’anthropologue qui nous guide tout au long de ce documentaire ?

Oui, sûrement…mais pas seulement. Enfin, je ne sais pas ce que c’est que l’œil de l’anthropologue. Ça voudrait dire, comme ça, qu’il y a un œil scientifique et un œil humain. Je vais vous dire comment je construis mon regard. Je pense qu’il y a les anthropologues qui ont pour finalité une thèse, un livre, un sujet conceptuel et qui vont regarder d’une certaine manière. Moi qui ai, en grande partie, pour finalité l’image et le son, je vais regarder d’une autre manière que ces anthropologues là. Parce que quand on fait du cinéma ou de la photo, l’image se nourrit d’un silence, d’un battement de cils, d’une hésitation. Et ça, celui qui va faire un sujet sur la parenté ne  va pas le voir.

Donc vous avez l’œil de l’anthropologue, plus celui du cinéaste et du photographe…

…et de l’humain (rires)

Comment avez-vous réussi à établir ce lien de confiance avec ces femmes, au point qu’elles aient accepté de se dénuder une seconde fois devant votre caméra ?

Elles m’ont vu trainer mes guêtres dans le ghetto pendant deux ans. Et puis, je reviens trois ans après la guerre. Elles étaient sidérées. Elles m’ont dit : « mais nous on t’avait oublié ». Toutes m’ont dit ça. Elles ne pensaient même plus à ces photos (…) Elles ont été touchées que je revienne avec l’argent des photos. Il y en a une qui m’a dit  : « mais pourquoi t’as pas bouffé l’argent ? ». Je leur ai répondu : « On a fait un travail à deux. Elles appartiennent à vous et à moi, donc voilà c’est normal ». Ça a fait comme un déclic qui a changé nos relations parce que j’avais tenu ma promesse. Et à ce moment là, elles se sont lâchées. Elles m’ont abandonné leur intimité et puis nous sommes entrées dans une relation de familiarité très grande, plus intime, tout le temps, même en dehors de la caméra. Elles savaient que la caméra était là, mais c’était moi finalement. C’était pas la caméra qui sortait »out of the blue » mais c’était moi. Et elles n’avaient pas envie, face à moi (puisqu’elles savaient que je savais tout) de faire des démonstrations ou de faire du show-off ou au contraire d’être timide, d’être en retrait. Elles étaient comme elles étaient. Quand elles ont vu le film en janvier, elles m’ont dit pendant la projection : « oh mais tu nous a prises comme on est, naturelles. On est comme ça. On est naturelles ». Elles étaient frappées que j’ai pu saisir ça.

Au cours de cette projection, ont-elles pris conscience de leur situation ?

Le film leur a fait très plaisir. Moi je pensais qu’elles se trouvaient belles. Mais c’est pas du tout ça qui les a intéressé. Au début pour les photos, c’était leur beauté qui faisait l’échange puisque je ramenais la beauté à l’endroit où il y en avait pas. Je me disais que le film allait faire la même chose. Mais non. Pas du tout. C’est pas ça du tout qui a joué. C’est, plutôt,  la mise en relation des photos des débuts dans le ghetto. Quand je leur donnais leurs portraits, à l’époque du ghetto, c’était des portraits décontextualisés. Elles ne recevaient juste qu’une photo d’elles contre un plastique noire…Et là,tout à coup, ces portraits étaient ramenés à un contexte qu’elles ont revu, retrouvé…qu’elle n’avaient jamais vu. Elles n’ont jamais vu le snapshot que j’ai fait du ghetto. Donc ça a fait un choc. Il y en a une qui m’a dit : « J’ai l’air d’un singe quand je suis dans le ghetto ». Une autre m’a dit : « on a l’air d’animaux de brousse ». Que des mots qui étaient dans la déshumanisation alors que sur les portraits, elles s’étaient trouvées belles à l’époque. « Tu vois ton film, ça montre que l’on peut changer. Tous les gens disent que l’on peut pas changer, qu’on va rester aux mêmes choses. Et là tu montres qu’on peut changer parce qu’on est plus les mêmes choses par rapport à ça », m’ont-elles toutes dit (…) C’est pas du tout le cœur du film qui les intéressait mais plutôt la relation entre le ghetto et la Casa. Elles sont devenues quelqu’un à la fin du film et c’est ça qui les intéressait.

Pensez-vous que votre film va sensibiliser les autorités ivoiriennes voire africaines à la cause de ces femmes ?

Je vais vous dire très brutalement les choses. Je pense que tout le monde, que ce soient des organismes publics ou privés se fiche de ces filles (…) Plein de fois, j’ai entendu dire : « tu viens filmer nos déchets sociaux ». Je pense qu’elles resteront pendant très longtemps des déchets sociaux. Il faudrait une espèce de révolution qui commencerait déjà par rendre la scolarité des filles obligatoires (…) Dans les familles, on ne considère pas important de scolariser les filles. Dès l’adolescence, dès qu’elles sont pubères, elles sont mises dans des systèmes de contrôle extrême qui peuvent tourner à la violence parce qu’on veut contrôler le sang, la valeur symbolique du sang dont elles sont toutes activement porteuses. Et les hommes ont encore le droit de frapper leurs enfants et les filles, en particulier, sont les victimes de ces violences familiales. Je pense que dès qu’une fille va à l’école, peut-être qu’elle sera frappée beaucoup moins qu’une fille qui est au service d’une mère ou d’une tante. En effet, on place souvent les filles et dans ce système de « confiançage » comme on dit là-bas, elles deviennent des demi-esclaves. on connait bien le système. Donc tant que ça, ça ne changera pas, on pourra faire ce qu’on voudra, rien ne changera.

On parle aujourd’hui d’une Afrique émergente. Quel regard portez-vous sur le continent ?

Moi je reste sur ma petite lorgnette. Je travaille beaucoup du côté des pauvres, des sans-voix dans les bidonvilles, dans les ghettos et là je trouve que c’est pas du tout émergent. Quand on regarde la Côte d’Ivoire par cet angle là, on voit bien les fossés. La différenciation sociale se creuse de manière violente, tragique. Ça fait 17 ans que je travaille là-bas et j’avais l’impression quand je suis arrivée qu’il y avait un système informel qui fonctionnait, qui faisait que toute le monde pouvait avoir, à peu près, une petite boutique, un petit business, etc…Ça existe de moins en moins. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et pour dire banalement les riches de plus en plus riches avec une élite qui creuse le fossé des inégalités. Et c’est une Afrique…non du moins une Côte d’Ivoire de plus en plus inégalitaire.

Avez-vous un sujet particulier sur lequel vous travaillez ou envisagez de travaillez dans un futur proche ?

Ces filles, ces filles, ces filles…Les Go, les Go, les Go.

Cette photo ci-dessus est notre coup de cœur. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Blancho. C’est Blancho qui pose pour moi. Elle vient de fabriquer ces jolies boucles d’oreilles (…) Elle me regarde avec fierté. C’est ses premières boucles d’oreilles.

Découvrez le travail d’Eliane De Latour sur son site internet : ELIANE DE LATOUR

 

Eliane De Latour likes talking about « Girls » and this is one of her favourite subject. The Director of Bronx-Barbès is back with a moving documentary on women prostitution in Abidjan. In « Little Go Girls« , she captured their everydaylife and tried to bring some light and humanity in the life of  those beings considered as social litters by the Ivorian society. She is interested in how « people socially relegated are succeeding in rebuilding themselves as persons by their dreams, doubts, capacity to innovate and interact with  and against the society that has excluded them. We wanted to know more about this documentary so we met the Director.

How did the idea of producing a documentary depicting women prostitution in Abidjan come out to you ?

The idea did not come into my mind instantly. I first tried to find a place in the ghettos where those girls were selling themselves. As an anthropologist, we aim at getting a place that is justified and obviously bringing something in it. Curiously, photography has provided me that place. I have become the photographer of the ghetto. I captured everybody and I gave them the pictures each time I came back. I have been dealing with this system of exchange in the gettos for two years. At that time, I didn’t think that much …except doing my job as an ethnologist, doing interviews whenever I could and being able to work on that ghetto prostitution economy. That is a particular economy…At the end of those two years I offered the girls the oppotunity  to have their portraits exhibited. As they didn’t know what I was talking about I explained them. I just wanted to have their agreement. After those two years, I could have gone away with all my pics and made an exhibition behind their back. They wouldn’t have been aware. I didn’t want that.  I just wanted something legal based on their consent. So I had them signed a piece of paper in which I wrote our little agreement (..) Among all the girls I saw, 53 ones confirmed their consent. The other ones refused. I told them they  were free to accept the deal or not. I selected 35 girls for the exhibition. Just  a question of photo choices. When I came back after the war, I only found 22 of them. It took me 6 months to build the « Casa des Go » project and I lost 12 of them. At the end of the project 4 of them have stayed and are still there with me.

You shot those girls from the inside with simplicity and accuracy. Is that the glance of the anthropologist which is guiding us all along this documentary ?

Yes, of course…but not only. Well, I don’t know what the glance of the anthropologist is. That would mean, in other words that there are a scientist glance and a human one.  Let me tell you how I build my  glance. I think there are anthropologists whose purpose is to do an essay, a book, a conceptual subject, carrying their glance in a particular way. Mine is different from those anthropologists as I have to take the image and the sound into account. A soon as you deal with cinema and photography, the image feeds on a silence, a blink of an eye, an hesitation. And that thing, those who are working with a subject based on relationship will not be able to see it.

So you have the glance of the anthropologist and the one of the filmmaker and photographer…

…and the one of the human also (laughs)

How did you succeed in building a relationship of trust with those women to the point that they accepted to be naked once again in front of your camera ?  

They have been seeing me wandered around the ghetto for two years. And then I came back three years after the war. They were surprised and said : « But we all forgot you ».They didn’t even think about those photos. They were touched because I was back with the money I got from the photos. One of them asked me « why I didn’t keep the money for myself ». « We did both this work. Those photos belong to you and I. That is natural », I answered. Something inside of them just clicked and changed the relationship because I kept my promises.It was then that they started to drop things. They let me get into their inner circle and we rejoiced in a great and constant relationship of familiarity, closer than before, even outside the camera. They knew the camera was there but in fact,  it was I. They didn’t want to make a show-off or being shy or withdrawn in front of me. They were  like they were. When they saw the movie on January, they said :  « You shot us like we are, natural. We are natural ». They were amazed I could capture that. 

Do you think they have become aware of their situation during the screening ?

The film was appreciated. I thought that beauty was the only thing that interested them. I was wrong. At the beginning, with the photos, they showed concerns about beauty and that was the reason of the exchange as I brought beauty in a place where there was none.  I thought the film would have had the same impact on them. But not at all. That was not the important thing. It was,   instead, the link with the early photos from the ghetto. The portraits I shot in the ghetto were decontextualised  and they received just a photo against a black plastic…All of a sudden, those portraits had been brought to a context that was familiar to them …but they had never seen it. They never saw the ghetto snapshot I did. So it was kind of shocking to them. One of them said : « I look like a monkey when I am in the ghetto ». Another one said : « we look like bush animals ». They only used words that were part of dehumanisation while they had found themselves beautiful before with the portraits. « You see, your movie proves we can change. People say not. We will remain the same things. And then, you show that we can change because we aren’t the same things compared to that », they all said to me (…)  They weren’t interested about the heart of the film but rather the relation between the ghetto and the Casa. They became « someone » at the end of the movie. That was what interested them most. 

What about the Ivorian or the African authorities ? Do you think they will raise awareness to the case of those women when they see your documentary ?

Let me put it bluntly. I think people don’t care about those girls, whether they are public or private organisations (…) Many times I heard that : « you are here to shot our social litters ». I think they will remain social litters for a long time. A kind of revolution should be necessary and the first step is to make eduction compulsory for all girls (…) Families do not consider important to provide schooling for girls. As soon as they reach puberty, they have them got into systems of extreme control that can turn violent because they want to control blood, the symbolic value of blood which they actively bring. In addition, men still have the right to beat their children and girls, particularly,  are victims of domestic violence. To my mind, as soon as a girl goes to school she will be beaten less than a girl who stays at the mother or the aunt’s service. Actually, girls are often placed and in that kind of « trustworthy » system, as we say there, they become half bondservants. We know the system perfectly.So as soon a s things does not change, we could do whatever we want, nothing will change.

We often talk about an emerging Africa. Could you share your thoughts on the continent ?

I am looking at it from my prism. I am working a lot on the side of the poor, the voiceless from the slums, ghettos and I think it is not an emerging continent at all. If we consider the Ivory Coast from this angle, we can perfectly see the gaps. Social differentiation is  dramatically growing. I have been working there for 17 years and I had the impression when I arrived there that there was an informal system that was working well. One could have a small shop shop, a small business, etc..There are fewer and fewer. Poor people are poorer and  rich people are richer  with an elite that is widening the inequality gap. And this is an Africa…or at least an Ivory Coast more and more unequal

What are you working on now and what are you planning to work on in the future?

Girls, Girls, Girls…Gos, Gos, Gos.

The picture above is our crush. Could you tell us more about it ? 

Blancho. Blancho was modelling for me. She had just made those beautiful earrings (…) She looked at me with great pride. Those were her first earrings.

 Discover Eliane De Latour’s work on her website : ELIANE DE LATOUR

« LITTLE GO GIRLS » d’Eliane De Latour

« Little Go Girls », le nouveau film documentaire d’Eliane De Latour sort en salle mercredi 9 mars 2016. Après avoir trainé ses guêtres dans les ghettos d’Abidjan, l’anthropologue et cinéaste ouvre une fenêtre sur la prostitution des femmes ivoiriennes.

Interview d’Eliane De Latour à venir…

Découvrez la bande annonce – Discover the trailer :

 

Eliane De Latour’s new documentary, « Little Go Girls », will be released in theaters on wednesday 9th March 2016. After wandering around the ghettos of Abidjan, the antropologist and filmmaker opens a window on the Ivorian women prostitution.

Eliane De Latour’s interview coming soon…

 

 

 

« Global Style Battles » : le photographe italien, Daniele Tamagni, pose un autre regard sur la mode

Cela fait plusieurs années que Daniele Tamagni sillonne les routes à la recherche de tendances dans des contextes socio-culturels différents. Récemment, le photographe italien a mis le cap sur les continents asiatique, latino-américain et africain. Si la langue, le sexe ou les origines séparent les sujets qu’il a immortalisé dans son dernier livre, l’ex-historien en art  a trouvé ce qui les relie : une tendance et une culture urbaine qui leur est propre, un style authentique devenu aujourd’hui une source d’inspiration pour le milieu de la mode. D’ailleurs, il en a fait le fil conducteur de son ouvrage photographique, « Global Style Battles » (Editions La Découverte) dont le lancement a eu lieu mercredi 3 février 2015 à Paris, lors d’un évènement organisée par African Fashion Gate.

Dans « Global Style Battles »,  vous invitez le lecteur à poser un autre regard sur la mode. Une mode sans frontières qui vient tout droit de la rue. Comment vous est venu l’idée de rendre visible l’invisible ?

Ça a toujours été ma passion, mon intérêt principal. Depuis mon travail sur les sapeurs en 2008, j’ai continué à rechercher des tendances dans des contextes sociaux, historiques, politiques…Découvrir des nouveaux styles et voir comment les jeunes de la nouvelle génération s’expriment en terme de créativité. Et surtout, valoriser cette créativité, parce que je pense que la mode, la vrai mode naît dans ces endroits. Après oui, il y a les grandes capitales de la mode, les passerelles. Mais l’inspiration que cette mode suscite…surtout en ce moment, est vraiment unique. Paul Smith, à mon avis, est un bon exemple. Il s’est inspiré des sapeurs pour sa collection (…) Le fil rouge de ce livre, c’était de créer un travail culturel…La mode n’est pas quelque chose de superficiel. Bien au contraire, elle trouve ses racines dans l’histoire, la sociologie, etc… et c’est ça qui m’a vraiment inspiré.

Pourquoi avoir porté principalement votre choix sur l’Amérique Latine et l’Afrique dans la création de vos visuels ?

Il y a aussi un chapitre que j’ai consacré à l’Asie. En fait, je suis un peu « africanisé ». Je collabore avec un magazine qui s’appelle Africa et qui traite de la culture africaine. L’approche est différente de ce que nous sommes habitués à voir dans les journaux, à savoir les guerres, les images un peu édulcorées, stéréotypées, exotiques…Notre travail consiste à rechercher des réalités de la vie quotidienne…La mode est donc un prétexte pour raconter ça. C’est une métaphore de cela. La mode exprime l’identité des gens…Il est vrai que l’intérêt principal, c’est l’Afrique. Mais je ne voulais pas faire seulement un livre sur l’Afrique pour ne pas trop marginaliser le continent. Je voulais aussi élargir mes perspectives et j’ai trouvé d’autres sujets intéressants. Je suis allé en Bolivie pour un travail sur un autre livre et le hasard m’a amené à m’intéresser aux Cholitas, à la tradition et à la culture indigène…A Cuba, par exemple, pays sujet aux changements, ce sont les racines africaines et latino-américaines qui m’ont attiré. En fait, ce ne sont pas les pays qui sont importants. Sinon j’aurais continuer avec le Brésil ou autres. Le fait est que dans tous ces choix, ces différents modes de vie, je me suis retrouvé. Je voulais montrer des données inaperçues. Mon livre est un point de départ pour un travail, un projet et montre les similitudes qui peuvent exister dans d’autres parties du monde. Ce qui est intéressant c’est qu’il n’y a pas l’Europe ou les États-Unis. Mon but n’était pas de rechercher la mode dans les pays développés mais plutôt rechercher des tendances dans des contextes urbains en Afrique, en Amérique latine et au Sud-est asiatique…avec oui une prédilection pour le continent africain.

Votre livre sonne comme un contre-pied aux industriels de la mode. Avez-vous voulu leur faire passer un message ?

Oui, oui, il y a beaucoup de messages et ce sont de bons messages. Parce que vraiment, ces jeunes, je les trouve révolutionnaires. Ils ré-interprètent les codes de la mode, de la street fashion avec un intérêt tourné vers leurs cultures et une inspiration qui vient de l’occident. Les sapeurs, par exemple, leurs vêtements sont des tenues de créateurs occidentaux qu’ils ré-interprètent à leur façon, avec du style, de la couleur. C’est comme un défi, une révolte, quelque chose de new, de différent. C’est la même chose avec les heavy metal du Botswana. C’est une musique, un style. Ce que j’aime, c’est cette relation musique/mode qui vient de l’occident associé à leurs propres accessoires. Cette créativité est d’autant plus intéressante quand on voit que les gens qui écoutent ce genre de musique ne s’habillent pas comme ça…Ils redonnent vie à une mode, un style qui a perdu toute énergie ou vitalité en Italie ou en France.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de montrer dans vos œuvres photographiques ?

Pour moi, c’est raconter les gens. Parce que mon travail est surtout un travail  d’analyse. La mode est un prétexte pour raconter ce qu’il y a derrière l’apparence des gens. En découvrant la personnalité de ces gens, on peut mieux les raconter. Mais on  raconte aussi des styles et en faisant connaître ces styles, on raconte les changements observées dans des contextes. Mes photos ne sont pas axées seulement sur les individus. Ils tiennent compte aussi des contextes. Ce sont des photos « ambiancées », souvent spontanées…En tant que photographe, c’est vraiment la spontanéité qui m’intéresse.

Avez-vous une anecdote qui vous a particulièrement marqué et que vous souhaitez partager avec Afrique sur scène ?

A Amsterdam en 2010, j’ai participé à une exposition organisée par la Fondation Prince Claus. C’était la première fois où j’exposais les sapeurs et on a invité Willy, le jeune homme qui a fait la couverture de mon livre Gentlemen of Bacongo. Le jour du vernissage, il a disparu. Il ne voulait pas rentrer chez lui. Et pourtant, cette image iconique du livre a inspiré  la mode de manière positive…Tout ça pour vous dire que le rêve des sapeurs c’est de venir en Europe pour s’affirmer et échapper à une vie difficile quitte à rentrer dans la clandestinité. Il a préféré rester en Europe plutôt que de connaître la célébrité. Mais après tout, rentrer au pays et retrouver les difficultés…Il ne faut pas oublier que les sapeurs sont des gens qui vivent dans la débrouille mais qui dépensent pour la passion de leurs habits. Le monde des sapeurs c’est un monde de rêveurs. S’habiller comme ils le font c’est une manière de rêver. On retrouve ici la relation France/Congo ou Afrique/Occident. C’est une anecdote intéressante.

Cette photo est notre coup de cœur. Pouvez vous nous en dire plus à ce sujet ?

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Ce sont deux étudiants en mode. Ils aiment le style sartorial. Donc ils se définissent comme « sartoristic », une combinaison du terme « sartorial » et « artistique ». En fait, ils s’habillent avec les vêtement de leur père. Ils viennent d’Alexandra, un quartier des townships de Johannesbourg. Ils ont posé devant leur maison. Alors que la plupart des gens portent des vêtement colorés, eux ont fait le choix de porter des vêtements sombres. Ils se sont inspirés des grands leaders africains comme Lumumba. Ils ont un style un peu vintage des années 60. Ce sont des bloggers connus dans le milieu de la mode et sont très demandés. Ils amènent de la nouveauté. Ils fréquentent les Fashion Week et ont comme designer préféré, l’américain Tom Brown. Ce sont des jeunes qui, je pense ont un brillant avenir en tant que journaliste de mode ou encore chroniqueur de mode à Johannesbourg, une des villes les plus émergentes au niveau de la mode tout comme Dakar, je crois.

Découvrez les travaux photographiques de Daniele Tamagni sur son site internet : DANIELE TAMAGNI

 

Daniele Tamagni has been travelling around the world for years searching  trends in various socio-cultural contexts. Recently, the Italian photographer visited the Asian, Latin American and African continents. If language, gender, origins separate the individuals he captured on his latest book, the former art historian has found something that binds them together : their own urban trends and culture, their authentic style. Today, those are a source of inspiration for the world of fashion and Daniele Tamagni used them as a thread  throughout his photographic book, « Global Style Battles » (Editions La Découverte), whose launch took place in Paris on Wednesday 3rd February 2015, during the African Fashion Gate‘s event.

In « Global Style Battles », you invite the reader to take another look at fashion. Fashion without borders, straight from the street. How did the idea of having people seen the unseen come out to you ?

It has always been my passion and my main interest. Since I worked on the Sapeurs in 2008, I keep on searching changes on social, historical and political contexts…Discovering new styles and see how young people can express themselves in terms of creativity. Over all, increasing the value of that creativity, because fashion, true fashion, I think,  is originated from those places. Obviously, we can talk  about fashion capital cities,  bridges. But the inspiration that fashion raises…especially at this moment is truly unique. In my opinion, Paul Smith is a good example. He got his inspiration from the Sapeurs for his collection (…) The connecting thread throughout this book was to create a cultural work…Fashion is not something superficial. Quite on the contrary, it has its roots in history, sociology, etc. and that is what most inspired me.

Why did you mainly choose to focus on Latin America and Africa for your visuals ?

There is also a chapter dedicated to Asia. In fact, I am a little « africanised ». I am working in collaboration with a magazine entitled Africa, which deals with the African culture. The approach differs from what we are used to see in newspapers, such as wars, sweetened, stereotyped or exotic images… Our work consists in showing the realities of everyday life…Fashion is, thus, an excuse for telling stories with regards to that. It is a metaphor of that. Fashion expresses people’s identity…It is true that the main interest is Africa. But I did not want to make a book that only focuses on Africa so that to avoid having the continent marginalised. I wanted to get a global outlook and I found other interesting individuals. When I went to Bolivia for the needs of another book I was working on,  I discovered the Cholitas, the tradition and the indigenous culture by coincidence…In Cuba, for example, a country subject to changes, African and Latin American roots drew all my attention. In fact, countries are not important, in my opinion. Otherwise I would explore Brazil and many other countries. The thing is that I found myself in all those choices, those different lifestyles. I wanted to show the unseen. My book is a starting point for a work, a project and emphasizes on similarities that one can find in any other part of the world. What is interesting is that Europe and the United States are not part of the project. My goal was not searching fashion in developed countries but searching changes in African, Latin American and South Asian urban contexts…with obviously a predilection for the African continent.

Your book sounds like the exact opposite of the fashion companies. Have you tried to send them a message ?

Yes. There are many messages and they are good ones. I think those young people are revolutionary. They reinterpret fashion codes, street fashion with an interest focused on their own culture and an inspiration that comes for the western countries. The Sapeurs, for example, reinterpret western designers’ clothes with their own style and colours. It is like a challenge, a kind of rebellion, something new, different. It is the same thing with the heavy metal from Botswana. It is a music, a style. I love this connection of music/fashion that comes from the western countries associated with their own accesories. This creativity is particularly interesting, over all when one knows that people who are listening to that kind of music are not dressed like that…They revitalize a kind of fashion or style that has lost all its energy in Italy or in France.

As a photographer, what is essential to convey through your visuals ?

In my opinion, telling people’s story is important. My work is over all a work of analysis. Fashion is an excuse for explaining what is behind people’s appearance. If you understand people’s personality then you are able to tell their stories. But I am also talking about  styles and when you have those styles known you are able to talk about the changes you notice in some contexts. My visuals are not only focused on individuals. They take contexts into account. They are often spontaneous photos with an atmosphere …. As a photographer, spontaneity is what I am constantly looking for.

Do you have a little anecdote that has profound and lasting effect on you and you wish to share with Afrique sur scène ?

In 2010, I took part of an exhibition organised by Prince Claus Fund in Amsterdam. I introduced there the Sapeurs for the first time and Willy, the young man featured on the front cover of my book « Gentlemen of Bacongo » was invited. He disappeared on the day of the opening. He did not want to go back to his country. However, that iconic image of the book has positively inspired the fashion world…All this to say that the Sapeurs’ dream is to come to Europe to gain self-affirmation and to escape from a difficult life event if that means to become a clandestine. He made the choice to stay in Europe instead of being famous. But upon reflection, going back home and facing  difficulties…We must not forget that Sapeurs are people who are dealing with problems but spend a lot of money for their passion for clothes. Sapeurs’ world is a dream one. Dressing that way makes them dream . We thus come to the notion France/Congo or Africa/Western countries.  It is an interesting anecdote.

Your picture below is our crush. Could you tell us more about it ?

Those two persons are studying Fashion. They like the sartorial style. They call themselves « sartorialistic », a combination of « sartorial » and « artistic » terms. In fact they are wearing their father’s clothes. They come from Alexandra which is a neighbourhood located in  Johannesburg’s township. The picture was taken in front of their house. While most people wear coloured clothes they have made the choice to wear dark clothes. They got their inspiration from African great leaders such as Lumumba. They have got a 60’s vintage style. They are famous bloggers from the world fashion and they are much in demand because they bring novelty. They often go to Fashion week and their favourite desiger is the American Tom Brown. I think those two young persons have a strong and bright future as a fashion journalist or fashion columnist in Johannesburg, one of the most emerging city in terms of fashion as well as Dakar. 

 Discover Daniele Tamagni’s artwork on his website : DANIELE TAMAGNI

 

ALA.NI sort son album le 8 janvier 2016

On l’attendait avec impatience, l’album d’ALA.NI. Une chose est sûre, le 8 janvier, je serai de ceux qui se précipiteront dans les bacs pour me le procurer. La chanteuse anglaise, originaire des Caraïbes n’a pas cessé de faire parler d’elle tout au long de l’année 2015. Petite protégée de Damon Albarn, ou encore ancienne choriste de Mary J. Blige, ALA.NI a suscité la curiosité du public en dévoilant 12 chansons d’amour qu’elle a décliné dans 4 EP saisonniers. Elle vient d’ailleurs de clôturer l’année avec son EP d’hiver, en vente depuis le 21 décembre 2015. Outre le voile de mystère qui l’entoure, sa voix cristalline, d’une extrême pureté associé à un univers rétro des années 30 est sans aucun doute sa carte de visite.

Un conseil : si vous n’avez pas dépensé tout votre budget de noël, misez  sur l’album d’ALA.NI. Sinon empruntez auprès de vos amis ! L’artiste vaut vraiment le détour. Croyez moi !

We have been waiting ALA.NI’s album with impatience. One thing is certain : on 8th January I will be among those who will rush into the record stores to buy it. The English singer, originated from the Carribean has much to say for herself all along the 2015 year. As a Damon Albarn‘s protege or Mary J. Blige‘s former chorister ALA.NI has raised public interest with her 12 love songs declined in 4 seasonal EPs. She has just finished the year with her winter one, on sale since 21st December 2015. In addition to the shroud of mystery around her, her crystal-clear voice, of high purity, associated with a 30’s retro musical universe is undoubtedly her visiting card.

A piece of advice : if you have not spent all your Christmas budget, place your bet on ALA.NI’s album. Otherwise borrow from your friends ! The artist is worth  the detour. Take it from me !

Lumières d’Afriques, Clap sur Gonçalo Mabunda le sculpteur mozambicain qui transforme les armes de guerre en objets d’arts

L’exposition, Lumières d’Afriques vient de fermer ses portes ce mardi. Si la lumière s’est éteinte au Théatre du Palais Chaillot, elle continue de briller pour les 54 artistes africains qui nous ont éclairé, chacun à leur manière, sur la réalité et les conditions de vie dans leurs pays respectifs. Outre Aïda Muluneh et Nù Barreto qui nous ont livré leurs visions, espoirs et luttes pour une Afrique meilleure, nous retenons également, The Future, l’oeuvre de Napalo Mroivili qui résume si bien le quotidien des africains. En effet,  l’artiste a peint une ampoule cassée sur un châle comorien, qu’il a ensuite transformé en lampe à pétrole. Il démontre ainsi que face à l’adversité, il existe des solutions. Mais c’est sans aucun doute, le sculpteur mozambicain Gonçalo Mabunda qui nous laisse un message fort, plein d’espoir à travers son oeuvre « Light at the end of the tunnel ». Un message de paix qui prend tout son sens dans ce climat d’angoisse dans lequel nous vivons actuellement. Afrique sur scène s’est entretenu avec l’artiste qui transforme les armes de guerre en objets d’arts…

 

Pouvez-vous vous présenter… Quel est votre parcours ?

J’ai commencé à travailler comme coursier chez Nucleo de Arte (Association d’artistes du mozambique)en 1992. Quelques temps après, par curiosité, j’ai récupéré des chutes de matériels laissées par les artistes pour m’initier à la peinture. En 1994, après avoir été l’assistant d’Andries Botha dans le cadre de l’atelier UJAMAA IV, celui-ci me conseille d’aller me former aux techniques du métal et du bronze à l’université Tecknicon Natal en Afrique du Sud. C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à travailler la sculpture sur métal.

Vous représentez la Mozambique dans l’Exposition « Lumières d’Afrique » qui réunit les 54 pays Africains au Palais Chaillot à Paris. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre sélection ?

Je suis fier de faire partie des artistes sélectionnés. Juste parce que seul un artiste d’un pays du continent faisait l’objet d’une sélection. J’espère que mon travail sera à la hauteur des attentes des visiteurs.

Le thème de l’exposition c’est l’accès à l’énergie pour les tous les pays africains. Pensez-vous que la Mozambique est concernée par ce problème?

Je pense que oui. Une grande partie de la population n’a pas accès à cette énergie mais la situation est en train de changer progressivement. Il y a plus de personnes qui en ont maintenant accès, mais il reste encore beaucoup à faire.

Votre originalité repose sur le fait que vous utilisez des armes de guerre pour en faire des sculptures. Pourquoi ?

C’est en effet en transformant les armes de guerre en objets d’art que j’ai commencé à être connu. Ce sont des objets issus de la guerre civile qui a duré 16 ans au Mozambique. Après la guerre, le Conseil Chrétien du Mozambique a créé un projet qui consiste à échanger des armes de guerres contre des droits et de donner ces armes aux artistes qui eux les transforment en objets d’arts. Je faisais partie des artistes impliqués dans ce projet. Notre but n’était pas d’enterrer l’histoire mais de la montrer sous un autre angle en détournant un matériel capable de tuer pour le changer en un objet qui suscite la paix et la réflexion.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail ? Qu’est-il important pour vous de transmettre ?

D’abord, c’est transformer des armes de guerre, quelque chose capable de tuer en objet d’art. Ensuite, c’est amener les gens à réfléchir sur la peine que peut causer ce matériel et sa capacité à détruire le monde. Il est essentiel pour moi de créer et de transmettre aux autres mes préoccupations quotidiennes, mes opinions et de savoir que mon travail touche la sensibilité des gens.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?

J’ai fait pas mal de trônes qui sont tous spéciaux pour moi. Ma Tour-Eiffel entre autres a propulsé ma carrière et  a été acquise par un collectionneur français. Une Tour Eiffel réalisée au Mozambique et qui a pour destination la France.

Quels sont les sculpteurs africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?

J’admire particulièrement le Sud africain Andries Botha. C’était mon professeur. Il y a d’autres artistes que j’admire : El Anatsui, Jane Alexander, Samuel Fosso, William Kentridge, Frédéric Bruly Bouabre, Marlène Duas, Titos Mabota, Chéri Samba et beaucoup d’autres encore.

Avez-vous un projet particulier sur lequel vous travaillez ou envisagez de travailler ?

En ce moment, je travaille sur un projet de monument pour la Banque Nationale du Mozambique.

L’oeuvre ci-dessous est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer  ?

Cette pièce a été réalisé pour le projet « Lumières d’Afriques ». J’ai essayé de faire ressortir l’âme du projet. J’ai utilisé beaucoup de couleurs pour apporter de la lumière, ce qui contraste avec les armes de guerre, un matériel mort.

Découvrez les oeuvres de Gonçalo Mabunda sur son site internet : www.goncalo-mabunda.com

 

Lumières d’Afriques exhibition has just closed its door this Tuesday. If the light has turned off at the Chaillot National Theatre, it keeps on shining for the 54 African artists who has highlighted us, each on their own way, on the reality and living conditions in their respective countries. In addition to Aïda Muluneh and Nù Barreto who set out their visions, hopes and struggles for a better Africa, we keep in mind Napalo Mroivili’s artwork, « The Future » that sums up so well the everday life of African people. Actually, he has designed a broken bulb on a Comorian shawl that he has turned into a petroleum lamp so that to show that in face of adversity, there are always solutions. But it is undoubtedly, the Mozambican Gonçalo Mabunda who has conveyed us a strong message, filled with hope, through his artwork « Light at the end of the tunnel ». A message of peace that finds its meaning in this climate of fear in which we are currently living. Afrique sur scène has interviewed the artist who turns weapons into art pieces…

 

Tell us a little bit about yourself…What is your background ? When did you start showing interest in sculpture ?

I started to work at Nucleo de Arte (Artist Association of Mozambique) as a courier in 1992. For curiosity some time after I began to experiment with painting with the leftover material from other artists. In 1994 I became the assistant of Andries Botha at the workshop UJAMAA IV and after the workshop he suggested I go to South Africa to be trained in metal and bronze at Tecknicon Natal University. After this training I began to work with metal sculpture.

You represent Mozambique in « Lumière d’Afrique » exhibition that gathers the 54 African countries at Chaillot Nationale Theater in Paris. How do you feel with regards to your selection ?

I feel proud to be one of the artists selected and to represent my country. Specially because only one artist from each country of the continent was selected. I hope my work will fulfill the expectations.

The exhibition theme is the access to energy for all African countries. Do you think Mozambique is concerned about this ?

I think yes. The majority of the population does not have access to this energy but slowly this is changing, trying to reach more people. Yet, there is still much work to do.

Your originality relies on the fact that you use weapons for your sculptures. Why ?

It’s a fact that I became known for turning weapons in art pieces. This comes from the civil war in Mozambique, that lasted 16 years. After the war, in 1992, a religious organization, Christian Council of Mozambique, created a project that consisted in exchanging weapons for tolls and giving these to artists to turn this in art. I was one of the artists involved in this project. Our idea was not to burry history but to show it in another way, transforming deadly material in something for peace and reflexion.

What do you find exciting in your work ? What is important for you to convey ?

First, it’s transforming weapons, something deadly into art. Second, it’s making people think about the pain this material I use has brought to people and it’s capacity to destroy the world. It’s essential for me to create and convey to others my daily thoughts, my opinions and to have my work reached people’s sensitiveness.

Among your work, which one is your favourite ? Why ?

There are several thrones I have made that are special for me. My Eiffel Tower, that boosted my career and which was bought by a French collector. An Eiffel Tower made in Mozambique that goes to France.

Can you give us some examples of African sculptors that you admire or take inspiration from ?

I admire particularly Andries Botha from South Africa. He was my master. There are other artists I admire, as El Anatsui, Jane Alexander, Samuel Fosso, William Kentridge, Frédéric bruky Bouabre, Marlène Duas, Titos Mabota, Chéri Samba and many other ones.

Are you currently working on a particular project ?

At the moment I am working on a project to make a monument for the new Mozambican National Bank.

Your below picture is our crush. Can you highlight us about it ?

This piece was made for the project « Lumières d’Afriques », in which I tried to bring the soul of the project. I used a lot of colour to bring light contrasting with the weapons, a dead material.

Discover Gonçalo Mabunda’s artwork on his website : www.goncalo-mabunda.com

Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste plasticien Nù Barreto

 Nù Barreto est un artiste plasticien originaire de la Guinée Bissau. Ce passionné des arts découvre très tôt sa vocation au contact de son frère aîné qui l’initie au dessin. « La bande dessinée fut mon premier amour et mon compagnon de solitude imposé, un moment de communion entre l’art et moi », nous confie-t-il. Il quitte son pays à l’âge de 22 ans et s’installe en France pour étudier la photographie à l’école des Gobelins. Son oncle tente de le dévier de sa trajectoire, les métiers de l’art étant une voie difficile à embrasser. Malgré la relation conflictuelle qu’il entretient avec son oncle, le jeune guinéen s’accroche et réussit à boucler ses études. Après des débuts difficiles dans la photographie, Nù Barreto se tourne tout naturellement vers la peinture. La photographie me semblait assez statique et restreinte car elle n’apporte pas la possibilité d’ajouter des éléments importants pour permettre une lecture fluide et facile d’une œuvre (..) Par contre, la peinture et le dessin me permettent d’agir à ma convenance. L’invitation d’une amie à une exposition sera le point de départ de sa carrière artistique. Connu pour son travail d’artiste engagé, Nù dénonce dans la majorité de ses œuvres des problèmes de société. Aujourd’hui, son travail est exposé à l’international, notamment en France, au Portugal, en Espagne, au Brésil…Sélectionné pour représenter la Guinée Bissau à l’exposition Lumières d’Afriques, nous avons voulu en savoir plus sur l’artiste.

 

Vous représentez la Guinée-Bissau dans l’Exposition « Lumières d’Afrique » qui réunit les 54 pays Africains au Palais Chaillot à Paris. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre sélection ?

C’est tout simplement une joie de partager son expérience et son histoire avec les autres. J’ai eu dans le passé d’autres occasions de représenter la Guinée-Bissau. C’est toujours un moment d’échange fantastique. J’espère simplement la représenter dignement en montrant les préoccupations des guinéens au monde entier.

Le thème de l’exposition c’est l’accès à l’énergie pour tous les pays africains. Pensez-vous que la Guinée-Bissau est concernée par ce problème?

La Guinée Bissau est logée à la même enseigne que le reste du continent. Depuis son indépendance en 1973, le problème d’énergie comme tant d’autres n’a jamais été pris en compte sérieusement. Ce crucial et vital problème a toujours été traité par intermittence, comme si la vie et le développement du pays n’en dépendent pas.

Nous sommes dans une période de légère amélioration qui pour moi est aussi le symbole de la fragilité. Il y a des lustres qu’on nous parle d’un projet de construction d’un barrage hydraulique qui aurait une capacité suffisante pour la sous région…We are still waiting.

Votre dernière série tourne autour de personnages qui flottent dans les airs. Comment vous est venu cette idée ?

Je serai toute ma vie lié amoureusement à ma culture. Je puise en elle mes raisons de décrire et crier mes amertumes. Que ce soit des causes universelles ou pas, j’essaie de puiser les sources nécessaires pour en être compris.

En Guinée-Bissau, lorsque vous n’avez aucun soutien, on dit que vous êtes lâché comme du pollen dans l’air, d’où l’expression en Créole « Largadu suma lã na bentu ».

Par errance, en quête de liberté et de sens, ces personnages tératologiques envahissent mes oeuvres depuis longtemps et m’aident à trouver une solution à mes questions.

Pouvez-vous nous parler de cette couleur grisâtre omniprésente dans cette série ?

La couleur « Pretu Funguli » (Noir Funguli) reflète un désarroi et une situation. Lorsqu’un individu n’utilise pas de lotion pour le corps, sa peau devient blanchâtre et sèche, ce qui donne un aspect grisâtre sur les personnes noires ébène. Ce phénomène qui touche ceux vivant dans une pauvreté extrême est propre à l’Afrique et témoigne d’un flagrant déséquilibre économique et social. Ce sont souvent les enfants qui sont victimes de cette carence. La couleur « Pretu Funguli » a été extraite de ce phénomène puis  transposé de manière à décrier le sens du mot « Funguli ». En créole guinéen, ce mot veut dire « avoir la peau blanchâtre ». Aujourd’hui, il est entré dans le langage courant et est utilisé pour séparer les classes sociales. Pour endiguer ce fléau, je dénonce donc cette inégalité avec ma couleur de coeur, le « Pretu Funguli ». Elle fait partie de ma création actuelle et je poursuis ma démarche de manière à trouver une issue favorable. Une issue de compréhension.

Quels sont les peintres africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?

Je préfère parler de considération et non d’admiration dans certains cas. Mise à part l’engagement dans la criarde ligne idéologique que je défends. Je pense avoir un travail antagonique et particulier. Le vécu est personnel à chacun, nous avons tous une histoire et un rêve à partager.

Je ne m’inspire pas de personnes. Je compose avec les vécus ou les expériences des autres.

J’apporte une réelle considération pour le travail de Ernesto Shikani (Mozambique), El Anatsui (Ghana), Iba Ndiaye (Sénégal), Ernest Duku (Cote d’Ivoire), Jacob Yacouba (Sénégal) ou encore Manuel Figueira (Cap Vert), Ludovic Fadairo (Bénin), Freddy Tsimba (RDC), Braima Injai (Guinée-Bissau), Soly Cissé (Sénégal)… enfin la liste est longue. La tranquillité de l’expression de Piniang (Sénégal) me passionne énormément ! Certains parmi la longue liste, ont construit une démarche pleine de sens et un travail consistant tandis que d’autres, plus jeunes, font un remarquable travail.

Je ne saurai citer ma préférence tant la liste est vaste.

L’Afrique a des grands artistes.

Avez-vous un thème particulier sur lequel vous travaillez ou envisagez de travailler ?

Je ne me suis jamais imposé une thématique à aborder. J’ai souvent suivi mon instinct et j’avoue que l’humanité me donne assez à faire.

J’ai un travail très engagé qui résulte de ma volonté de défendre des causes.

Je développe encore le Prétu Funguli (Noir Funguli), car j’estime avoir encore tant de choses à produire pour dénoncer. Je laisse libre cours au destin de continuer à m’imposer des causes à défendre.

Le thème de l’identité pourrait être un prochain combat, parce que depuis pas mal de temps, je me pose beaucoup de questions à ce sujet. A voir…

L’oeuvre ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Il fallait aborder le thème de la Lumière sous deux angles différents. Premièrement, Lumière comme source et deuxièmement, Lumière comme potentialité ou capacité de s’assumer en tant qu’africain et être humain.

De ce fait, Sukuru  qui est le titre de l’oeuvre a subi deux étapes.

En voulant tester et démontrer le résultat du manque de lumière, j’ai abordé l’étape initiale dans la pénombre totale, exprimant parallèlement la difficulté que le manque de lumière nous inflige.

La deuxième lecture consiste à poser ces personnages dans une position de totale capacité de leurs moyens et de montrer une émersion, têtes hautes et sans complaisance vers un nouveau monde. Les personnages ne sont pas à la recherche de considération par compromis ou intérêt mais désirent être considérés à leur juste valeur.

Ces deux approches juxtaposées me semblent indispensable si l’on considère la lumière comme source mais aussi Lumière d’une projection. J’ai ajouté quelques collages de textes pour faciliter la lecture de l’oeuvre et permettre à chacun une libre interprétation.

L’idée de confronter et exprimer les deux sens d’une seule Lumière, semble propice au confrontations des objectifs de développement d’une société.

Donc la lumière reste une source indéniable dont on aura éternellement besoin.

Découvrez les oeuvres de Nù Barreto sur son site internet : www.nubarreto.com

 

Nù Barreto is a visual artist originated from Guinea Bissau. This man of arts and passion discovered his vocation from his elder brother who taught him how to draw at an early age. « Comic strip was both my first love and my companion in solitude, a moment of connection between arts and I », he says. He moved to France at 22 and studied at the Paris based School of the Image, in Gobelins. His uncle persuaded him to change his orientation as visual arts are not something easy to handle. Despite the conflicting relationship he had with his uncle, the young Guinean persevered and managed to finish his studies. After a tough start in photography, Nù Barreto naturally turned to painting. « Photography sounded quite static and limited because it does not bring the possibility to add elements that allow you to have a clear and easy reading of the artwork (…) By contrast, painting and drawing can offer you the opportunity to act at your convenience ». The invitation to an exhibition from a friend of his will be the starting point of his artistic career. Known for his work of an engaged artist, Nù denounces social issues in most of his paintings. Today, his artwork is exhibited all over the world : France, Portugal, Spain, Brazil… Nominated to represent Guinea Bissau at Lumières d’Afriques Exhibition, Afrique sur scène wanted to know some more about the artist.

You represent Guinea Bissau in « Lumière d’Afrique » Exhibition that gathers the 54 African countries at Chaillot Nationale Theater in Paris. How do you feel with regards to your nomination ?

It is simply a great joy to share my experience and my story with others. In the past, I had other opportunities to represent Guinea Bissau. It is always a fantastic moment of exchange. I hope I will be a dignified representative and will be able to show Guinean concerns to the whole world.

Acces to energy for all African countries is the theme of  the exhibition. Do you think Guinea Bissau is concerned by this issue ?

Guinea Bissau is in the same boat as the rest of the continent. Since it recovered its independence in 1973, the energy issue, as well as many other ones, has never been taken into account seriously. This crucial and vital problem has always been addressed in an intermittent manner, as if life and development do not depend on it.

We have entered a period of slight improvement that is, in my eyes, a symbol of fragility. We have been waiting for ages, an hydraulic dam construction project that would have enough capacity for the sub-region…We are still waiting.

Your latest serie is about characters that appear to float in the air. How does this idea come out to you ?

I will be faithfull to my culture all of my life. I draw my inspiration from it to describe and express my resentments. Whether they are universal causes or not, I try to get enough inspiration from it so that to be  understood.

In Guinea Bissau, when you have no support, we say that you are released like pollen into the air, hence the Creole expression « Largadu suma lã na bentu ».

Wandering in search of freedom and meaning, those teratotolgy characters have been invading my artworks for a long time and have helped me find a solution to my questions.

Could you tell us more about the « Pretu Funguli », this greyish colour that defines your style for this serie ?

The « Preto Funguli » colour generates both a disarray and a situation. When an individual does not use body lotion for his skin, the latter becomes whitish and rough, providing that greyish aspect especially on dark skinned persons. This phenomenon that affecting people who are living in a severe poverty is specific to Africa and reveals an economic and social stark imbalance. Children are often the victims of this void. The « Pretu Funguli » colour has been extracted from this phenomenon and then transposed so that to denounce the meaning of the word « Funguli ». Guinean Creole defines that word as « having a whitish skin ». Today, it has entered the language and is used to separate social classes. To curb this problem, I am denouncing this inequality with my heart colour, the « Pretu Funguli ». It is part of my current creation and I continue my mission seeking a favourable outcome that ensures a thorough understanding.

Who are the African visual artists that you admire or take inspiration from ? 

I prefer talking about consideration and not admiration, in some cases. Aside for the involvment into the pressing ideological line that I have been defending. I think I have an antagonistic and particular work. Lived experience is something personal to eah of us. We all have a story and a dream to share. I do not draw inspiration from anyone. I am coping with the lived experience of others.

I have a real consideration for the work of Ernesto Shikani (Mozambique), El Anatsui (Ghana), Iba Ndiaye (Senegal), Ernest Duku (Ivory Coast), Jacob Yacouba (Senegal) ou encore Manuel Figueira (Cape Verde), Ludovic Fadairo (Benin), Freddy Tsimba (DRC), Braima Injai (Guinea-Bissau), Soly Cissé (Senegal)… the list is endless. The relative calm of Piniang’s expression (Senegal) passionates me a lot. Among this long list some of them have constructed an important path filled with meaning while other youngers have done an impressive work.

It is difficult to choose my favourite one as the list is so long. Africa has got great Artists.

What are you working on now or what are you planning to work on in the future?

I never impose myself a theme to undertake. I often follow my instinct and I must admit that humanity provides me enough to do. I have an engaged work that comes from my willing of defending causes.

I am still developing « Prétu Funguli  » (Black Funguli) because I think I still have a lot to produce if I wish to to denounce things. I hope destiny will keep on imposing me causes to defend.

The identity theme could be my next struggle because I find myself continually questioning about it.  We will see…

Your above artwork is our crush. Can you highlight us about it ?

I have to undertake the Light theme under two angles. First, Light as a source and second Light as a potential or an ability to assume oneself as an African or a human being.

As a result, Sukuru which is the artwork’s title has required a two step process.

While wanting to test and proving the result from the lack of light, I started the first step by working on the shadows, expressing at the same time the difficulty that situation could cause.

The second step consisted in having those characters in full possession of their faculties and showing an emersion, head-up without fear or favour towards a new world. The characters are not looking for compromise. They just want to be considered at their fair value.

A side-by-side comparison sounds essential if we consider Light as a source and also Light as a projection. I added some collages of newspapers so that to have an easy reading of the artwork and allow people to have their own interpretation.

The idea of confronting and express the two meanings of one Light sounds favourable to a society’s development goals.

Thus, Light remains a key source that will be needed forever.

Discover Nu Barreto’s artwork on his website : www.nubarreto.com

Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste Aïda Muluneh

Aïda Muluneh est une artiste et entrepreneuse culturelle basée à Addis Abeba. Elle quitte l’Ethiopie à l’âge de 5 ans et séjourne en Europe, au Yémen et au Canada. C’est au lycée, à Calgary qu’Aïda découvre la photographie. Elle prend conscience du pouvoir de l’image et notamment de la façon dont les gens associent une image à un pays. La vue de photos sur la famine, la souffrance en Ethiopie pousse Aïda à se documenter sur son pays afin de montrer une autre facette. Elle publie Past forward en 2009, un recueil d’image où elle livre un regard personnel sur la vie et la culture éthiopienne. Elle reçoit d’ailleurs le Prix international de la photographie. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux photo mettent en valeur les femmes africaines et celles de la diaspora et font l’objet d’expositions à l’international, notamment aux Etats-Unis, à Cuba, en Allemagne, au Mali…Sélectionnée pour l’exposition Lumières d’Afriques qui se tient actuellement à Paris du 4 novembre au 26 Novembre, Aïda Muluneh représente l’Ethiopie. Elle a accepté gentiment de répondre à nos questions.

Comment préparez-vous vos séances photos ?
Le travail en studio est depuis quelques années un processus intéressant pour moi. Je commence souvent par un croquis puis je construis la scène que j’aimerais créer. Le reste, consiste à réunir une équipe autour de l’image que je veux matérialiser. Des fois certaines séances photos me font penser à la production d’un film avec l’apport de plusieurs éléments qui entrent dans le processus et rend ma vision réelle. Mais pour moi, la principale préparation est l’inspiration que j’ai quand je crée le cliché dans mon travail de photo-journalisme. L’inspiration c’est en fait les rues où je me promène par opposition à quelque chose de confiné dans un espace.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de transmettre dans vos travaux ?
Ca dépend du type de photo sur lequel je travaille. Par exemple, si je travaille sur un projet de photo-journalisme, mon but est de présenter, ma communauté, et celles dont je me suis documentée avec dignité, dans un point de vue équilibré. En revanche, mon travail en studio consiste à exprimer ce que je ressens à travers les images que je construis.

Pouvez-vous citer des exemples de photographes africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?
Il y a beaucoup de photographes que j’admire et qui viennent du continent et au-delà des frontières. Toutefois, Shimelis Desta (Ethiopie) and Malick Sidibé (Mali) sont mes héros.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?
C’est dur de désigner un favori. C’est comme si vous demandez à une mère de choisir un favori parmi ses enfants.

Avez-vous un sujet particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ?
D’un point de vue artistique, je travaille dans plusieurs corps de métier pour différentes expositions qui auront lieu l’année prochaine et ma compagnie, Desta For Africa PLC, prépare en ce moment  la 4ème édition d’Addis Foto Fest (un festival photo bi-annuel qui a lieu à Addis Abeba).

La photo ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer sur le message que vous avez voulu transmettre ?

Titre: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Note conceptuelle :
Ma famille vient des régions rurales du Welo, un lieu où il n’y a pas de routes mais un chemin interminable dans les montagnes des hauts plateaux. Ma grand-mère a vu le jour au milieu d’une
vallée. C’est un de ces lieux où, lors de ma première visite, je constatais que sans route il se passera beaucoup de temps avant que l’électricité arrive là-bas. Il y a quelques années, mon grand-père par alliance est décédé à l’âge de 105 ans et mes cousins ont demandé à emprunter une petite lampe solaire créée par les artistes d’Olafur Eliasson. Dans notre tradition quand une personne meurt, les funérailles durent souvent 40 jours et réunit la famille des différentes régions pour célébrer la vie du défunt. Quand mon cousin revint des funérailles, il raconta qu’une centaine de membres de la famille s’était abritée sous une tente et les femmes ont pu cuisiner la nuit grâce à une petite source de lumière qui venait du gadget « petit soleil ». Le besoin en électricité dans les régions n’a pas seulement un impact sur notre vie quotidienne mais aussi sur le fait que nous puissions aller de l’avant, c’est une composante intégrale dont a besoin. Ceci étant dit, le texte en amharique que vous apercevez sur le livre que la femme tient est une inspiration d’un long poème qui autrefois était utilisé en troisième année d’école élémentaire amharique et dit que l’éducation est l’outil qui nous permet de sortir de l’ombre. Le titre du poème est « Ye brehan fiker » (signifie plus ou moins l’amour pour la lumière ou illumination) de Debebe Seifu. Avec ça en tête, je pense que ce n’est pas seulement une illumination mentale mais le besoin de lumière pour pousser notre génération future vers un avenir prometteur. Pour terminer, j’avais un ami indien qui un jour me raconta l’histoire de son père qui venait d’un milieu rural similaire à ma famille dans lequel il n’y avait qu’un lampadaire dans la ville et que son père s’asseyait sous le lampadaire pour étudier parce qu’il n’avait pas l’électricité à la maison. La propre détermination de son père par rapport au challenge auquel il a fait face a montré sa volonté de changer le cours de sa vie à travers l’éducation. Donc du fait que l’Ethiopie une une société à dominance agraire, cela signifie que le besoin en électricité est intimement lié à notre croissance et développement.

Aïda Muluneh is an artist and cultural entrepreneur based in Addis Ababa. She left Ethiopia when she was 5 and lived in Europe, Yemen and Canada. She discovered photography in high school, in Calgary, and became aware of the power of image and how people could associate an image to a country. After she saw many photos about famine and suffering in Ethiopia she decided to document on her country so that to have people seen it from another angle. She published « Past forward » in 2009, a collection of images in which she set out her personal vision on Ethiopian life and culture. She has received an award from the International Photography Awards. Today most of her works emphasize African women included those of the diaspora and are subject to international showcasings in the United States, Cuba, Germany, Mali…Recently selected for Lumières d’Afriques exhibition that is currently taking place in Paris from 4th November to 26th November, Aïda Muluneh represents Ethiopia. She has kindly accepted to answer our questions.

How do you prepare your shootings ?
The studio work has been an interesting process for me in the past few years. I often start with a sketch and start building the scene that I would like to create, the rest is building the team around the image that I want to bring to realization. Sometimes for a shoot it reminds me of a film production with many components going into it to make the vision come alive. But the main preparation for me is the inspiration to create the one piece, while in my photojournalism work, the inspiration is the streets that I walk on as opposed to something confined in a space.

As a photographer, what is essential to convey through your works ?
It depends on the type of photography that I am doing, if its is photojournalism my main focus is to present my community and also those that I am documenting with dignity and through a balanced perspective. While my studio work is focused on expressing on what is within me through the images that I construct.

Can you give us some examples of  African photographers that you admire or take inspiration from ?
There are many photographers that I admire that are from our continent and also beyond our boarders but for here Shimelis Desta (Ethiopia) and Malick Sidibé (Mali) are my hero’s.

Among your work, which one is your favourite ?  Why ?
Its hard to say which is my favorite work, its like asking a mother which one of her children are her favorite.

Are you currently working on a particular project ?
Artistically I am working on a large body of work for various exhibitions next year, while through my company Desta For Africa PLC we are preparing for the fourth edition of the Addis Foto Fest (a photography biannual taking place in Addis Ababa).

Your above picture is our crush. Can you highlight us about it ?

Title: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Concept note:
My family comes from the rural regions of Welo, a place that has no roads but a long walk through the mountains of the highlands. The birth place of my grandmother is in the middle of a valley and through my first visit it is one of those places that unless a road is built the chances of electricity reaching would take time. A few years ago, my step grandfather passed away at the age of 105 and my cousins asked to borrow a small solar light that was designed by the artists Olafur Eliasson. In our tradition when someone dies the funeral is often a 40 day event which brings in family from across the various regions to celebrate the life of the person who has passed. When my cousin returned, he said that the family of over 100 people were huddled under a tent and the women were able to cook through the night just from the small light source that came from the « little sun » gadget. The need for electricity in all regions not only has an impact for our daily life but in order for us to move forward its an integral component that is needed. With this said, the Amharic text that you see on the book that the woman is holding is an inspiration drawn from a long poem that is used to be used for 3rd grade Amharic curriculum in which it talks about education is the tool that brings us out of darkness. The title of the poem is « Ye brehan fiker » (loosely translates the love for light or enlightenment) by Debebe Seifu. With this in mind, I believe that its not only mental enlightenment but the need for light to also move our future generation towards a  brighter future. On last note, I had a friend from India who once told me the story of his father who came from a rural region similar to my families in which their was only one light pole in the town and his father would sit under the light studying since their was no electricity in his home. His fathers self determination regardless of the challenges that he faced showed his passion to change his path through education. Hence, with Ethiopia being predominantly an agrarian society which means that the need for electricity is closely tied to our growth and development.

Masques, le documentaire d’Apsita Berthelot-Cissé

Photo Copyright ©Terre Rouge

Masques, le film documentaire réalisé par Apsita Berthelot-Cissé sera projeté en avant-première parisienne le 3 novembre prochain au Lincoln. La réalisatrice nous invite à une immersion totale au coeur du Carnaval guyannais et nous fait vivre de l’intérieur les codes, les coutumes.

Cet évènement réputé être l’un des plus longs au monde accueille des personnes de tous horizons qui vont échanger, plaisanter, et se laisser tenter par des jeux de séduction sous couvert de l’anonymat. Le masque, élément central de la manifestation permet à chacun de transgresser les interdits et de vivre, le temps d’une fête, une expérience inouïe. Et c’est ce masque qu’Apsita tentera de faire tomber en suivant le quotidien de personnages au sein du carnaval.

La projection sera suivie d’un débat avec la réalisatrice.

Bande-annonce / Trailer :

« Masques, the film documentary directed by Apsita Berthelot-Cissé will be premiered at the Lincoln cinema next 3rd November in Paris. The Director invites us to a total immersion at the heart of the Guyana Carnival and lets us experience codes and costums from the inside.

This event, considered as one of the longest one in the world welcomes people from different backgrounds who exchange, joke and succumb to the temptation of game seductions on condition of anonymity. The mask which is a central element of the show allows each person to transgress taboos and have an unprecedented experience during the celebration. And that is the mask that Apsita will attempt to have it dropped while following the everyday life of some characters within the Carnival

Projection followed by a debate with the Director.

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