« Global Style Battles » : le photographe italien, Daniele Tamagni, pose un autre regard sur la mode

Cela fait plusieurs années que Daniele Tamagni sillonne les routes à la recherche de tendances dans des contextes socio-culturels différents. Récemment, le photographe italien a mis le cap sur les continents asiatique, latino-américain et africain. Si la langue, le sexe ou les origines séparent les sujets qu’il a immortalisé dans son dernier livre, l’ex-historien en art  a trouvé ce qui les relie : une tendance et une culture urbaine qui leur est propre, un style authentique devenu aujourd’hui une source d’inspiration dans le milieu de la mode. D’ailleurs, il en a fait le fil conducteur de son ouvrage photographique, « Global Style Battles » (Editions La Découverte) dont le lancement a eu lieu mercredi 3 février 2016 à Paris, lors d’un évènement organisé par African Fashion Gate.

Dans « Global Style Battles »,  vous invitez le lecteur à poser un autre regard sur la mode. Une mode sans frontières qui vient tout droit de la rue. Comment vous est venu l’idée de rendre visible l’invisible ?

Ça a toujours été ma passion, mon intérêt principal. Depuis mon travail sur les sapeurs en 2008, j’ai continué à rechercher des tendances dans des contextes sociaux, historiques, politiques…Découvrir des nouveaux styles et voir comment les jeunes de la nouvelle génération s’expriment en terme de créativité. Et surtout, valoriser cette créativité, parce que je pense que la mode, la vrai mode naît dans ces endroits. Après oui, il y a les grandes capitales de la mode, les passerelles. Mais l’inspiration que cette mode suscite…surtout en ce moment, est vraiment unique. Paul Smith, à mon avis, est un bon exemple. Il s’est inspiré des sapeurs pour sa collection (…) Le fil rouge de ce livre, c’était de créer un travail culturel…La mode n’est pas quelque chose de superficiel. Bien au contraire, elle trouve ses racines dans l’histoire, la sociologie, etc… et c’est ça qui m’a vraiment inspiré.

Pourquoi avoir porté principalement votre choix sur l’Amérique Latine et l’Afrique dans la création de vos visuels ?

Il y a aussi un chapitre que j’ai consacré à l’Asie. En fait, je suis un peu « africanisé ». Je collabore avec un magazine qui s’appelle Africa et qui traite de la culture africaine. L’approche est différente de ce que nous sommes habitués à voir dans les journaux, à savoir les guerres, les images un peu édulcorées, stéréotypées, exotiques…Notre travail consiste à rechercher des réalités de la vie quotidienne…La mode est donc un prétexte pour raconter ça. C’est une métaphore de cela. La mode exprime l’identité des gens…Il est vrai que l’intérêt principal, c’est l’Afrique. Mais je ne voulais pas faire seulement un livre sur l’Afrique pour ne pas trop marginaliser le continent. Je voulais aussi élargir mes perspectives et j’ai trouvé d’autres sujets intéressants. Je suis allé en Bolivie pour un travail sur un autre livre et le hasard m’a amené à m’intéresser aux Cholitas, à la tradition et à la culture indigène…A Cuba, par exemple, pays sujet aux changements, ce sont les racines africaines et latino-américaines qui m’ont attiré. En fait, ce ne sont pas les pays qui sont importants. Sinon j’aurais continuer avec le Brésil ou autres. Le fait est que dans tous ces choix, ces différents modes de vie, je me suis retrouvé. Je voulais montrer des données inaperçues. Mon livre est un point de départ pour un travail, un projet et montre les similitudes qui peuvent exister dans d’autres parties du monde. Ce qui est intéressant c’est qu’il n’y a pas l’Europe ou les États-Unis. Mon but n’était pas de rechercher la mode dans les pays développés mais plutôt rechercher des tendances dans des contextes urbains en Afrique, en Amérique latine et au Sud-est asiatique…avec oui une prédilection pour le continent africain.

Votre livre sonne comme un contre-pied aux industriels de la mode. Avez-vous voulu leur faire passer un message ?

Oui, oui, il y a beaucoup de messages et ce sont de bons messages. Parce que vraiment, ces jeunes, je les trouve révolutionnaires. Ils ré-interprètent les codes de la mode, de la street fashion avec un intérêt tourné vers leurs cultures et une inspiration qui vient de l’occident. Les sapeurs, par exemple, leurs vêtements sont des tenues de créateurs occidentaux qu’ils ré-interprètent à leur façon, avec du style, de la couleur. C’est comme un défi, une révolte, quelque chose de new, de différent. C’est la même chose avec les heavy metal du Botswana. C’est une musique, un style. Ce que j’aime, c’est cette relation musique/mode qui vient de l’occident associé à leurs propres accessoires. Cette créativité est d’autant plus intéressante quand on voit que les gens qui écoutent ce genre de musique ne s’habillent pas comme ça…Ils redonnent vie à une mode, un style qui a perdu toute énergie ou vitalité en Italie ou en France.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de montrer dans vos œuvres photographiques ?

Pour moi, c’est raconter les gens. Parce que mon travail est surtout un travail  d’analyse. La mode est un prétexte pour raconter ce qu’il y a derrière l’apparence des gens. En découvrant la personnalité de ces gens, on peut mieux les raconter. Mais on  raconte aussi des styles et en faisant connaître ces styles, on raconte les changements observées dans des contextes. Mes photos ne sont pas axées seulement sur les individus. Ils tiennent compte aussi des contextes. Ce sont des photos « ambiancées », souvent spontanées…En tant que photographe, c’est vraiment la spontanéité qui m’intéresse.

Avez-vous une anecdote qui vous a particulièrement marqué et que vous souhaitez partager avec Afrique sur scène ?

A Amsterdam en 2010, j’ai participé à une exposition organisée par la Fondation Prince Claus. C’était la première fois où j’exposais les sapeurs et on a invité Willy, le jeune homme qui a fait la couverture de mon livre Gentlemen of Bacongo. Le jour du vernissage, il a disparu. Il ne voulait pas rentrer chez lui. Et pourtant, cette image iconique du livre a inspiré  la mode de manière positive…Tout ça pour vous dire que le rêve des sapeurs c’est de venir en Europe pour s’affirmer et échapper à une vie difficile quitte à rentrer dans la clandestinité. Il a préféré rester en Europe plutôt que de connaître la célébrité. Mais après tout, rentrer au pays et retrouver les difficultés…Il ne faut pas oublier que les sapeurs sont des gens qui vivent dans la débrouille mais qui dépensent pour la passion de leurs habits. Le monde des sapeurs c’est un monde de rêveurs. S’habiller comme ils le font c’est une manière de rêver. On retrouve ici la relation France/Congo ou Afrique/Occident. C’est une anecdote intéressante.

Cette photo est notre coup de cœur. Pouvez vous nous en dire plus à ce sujet ?

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Ce sont deux étudiants en mode. Ils aiment le style sartorial. Donc ils se définissent comme « sartoristic », une combinaison du terme « sartorial » et « artistique ». En fait, ils s’habillent avec les vêtement de leur père. Ils viennent d’Alexandra, un quartier des townships de Johannesbourg. Ils ont posé devant leur maison. Alors que la plupart des gens portent des vêtement colorés, eux ont fait le choix de porter des vêtements sombres. Ils se sont inspirés des grands leaders africains comme Lumumba. Ils ont un style un peu vintage des années 60. Ce sont des bloggers connus dans le milieu de la mode et sont très demandés. Ils amènent de la nouveauté. Ils fréquentent les Fashion Week et ont comme designer préféré, l’américain Tom Brown. Ce sont des jeunes qui, je pense ont un brillant avenir en tant que journaliste de mode ou encore chroniqueur de mode à Johannesbourg, une des villes les plus émergentes au niveau de la mode tout comme Dakar, je crois.

Découvrez les travaux photographiques de Daniele Tamagni sur son site internet : DANIELE TAMAGNI

Daniele Tamagni has been travelling around the world for years searching  trends in various socio-cultural contexts. Recently, the Italian photographer visited the Asian, Latin American and African continents. If language, gender, origins separate the individuals he captured on his latest book, the former art historian has found something that binds them together : their own urban trends and culture, their authentic style. Today, those are a source of inspiration for the world of fashion and Daniele Tamagni used them as a thread  throughout his photographic book, « Global Style Battles » (Editions La Découverte), whose launch took place in Paris on Wednesday 3rd February 2015, during the African Fashion Gate‘s event.

In « Global Style Battles », you invite the reader to take another look at fashion. Fashion without borders, straight from the street. How did the idea of having people seen the unseen come out to you ?

It has always been my passion and my main interest. Since I worked on the Sapeurs in 2008, I keep on searching changes on social, historical and political contexts…Discovering new styles and see how young people can express themselves in terms of creativity. Over all, increasing the value of that creativity, because fashion, true fashion, I think,  is originated from those places. Obviously, we can talk  about fashion capital cities,  bridges. But the inspiration that fashion raises…especially at this moment is truly unique. In my opinion, Paul Smith is a good example. He got his inspiration from the Sapeurs for his collection (…) The connecting thread throughout this book was to create a cultural work…Fashion is not something superficial. Quite on the contrary, it has its roots in history, sociology, etc. and that is what most inspired me.

Why did you mainly choose to focus on Latin America and Africa for your visuals ?

There is also a chapter dedicated to Asia. In fact, I am a little « africanised ». I am working in collaboration with a magazine entitled Africa, which deals with the African culture. The approach differs from what we are used to see in newspapers, such as wars, sweetened, stereotyped or exotic images… Our work consists in showing the realities of everyday life…Fashion is, thus, an excuse for telling stories with regards to that. It is a metaphor of that. Fashion expresses people’s identity…It is true that the main interest is Africa. But I did not want to make a book that only focuses on Africa so that to avoid having the continent marginalised. I wanted to get a global outlook and I found other interesting individuals. When I went to Bolivia for the needs of another book I was working on,  I discovered the Cholitas, the tradition and the indigenous culture by coincidence…In Cuba, for example, a country subject to changes, African and Latin American roots drew all my attention. In fact, countries are not important, in my opinion. Otherwise I would explore Brazil and many other countries. The thing is that I found myself in all those choices, those different lifestyles. I wanted to show the unseen. My book is a starting point for a work, a project and emphasizes on similarities that one can find in any other part of the world. What is interesting is that Europe and the United States are not part of the project. My goal was not searching fashion in developed countries but searching changes in African, Latin American and South Asian urban contexts…with obviously a predilection for the African continent.

Your book sounds like the exact opposite of the fashion companies. Have you tried to send them a message ?

Yes. There are many messages and they are good ones. I think those young people are revolutionary. They reinterpret fashion codes, street fashion with an interest focused on their own culture and an inspiration that comes for the western countries. The Sapeurs, for example, reinterpret western designers’ clothes with their own style and colours. It is like a challenge, a kind of rebellion, something new, different. It is the same thing with the heavy metal from Botswana. It is a music, a style. I love this connection of music/fashion that comes from the western countries associated with their own accesories. This creativity is particularly interesting, over all when one knows that people who are listening to that kind of music are not dressed like that…They revitalize a kind of fashion or style that has lost all its energy in Italy or in France.

As a photographer, what is essential to convey through your visuals ?

In my opinion, telling people’s story is important. My work is over all a work of analysis. Fashion is an excuse for explaining what is behind people’s appearance. If you understand people’s personality then you are able to tell their stories. But I am also talking about  styles and when you have those styles known you are able to talk about the changes you notice in some contexts. My visuals are not only focused on individuals. They take contexts into account. They are often spontaneous photos with an atmosphere …. As a photographer, spontaneity is what I am constantly looking for.

Do you have a little anecdote that has profound and lasting effect on you and you wish to share with Afrique sur scène ?

In 2010, I took part of an exhibition organised by Prince Claus Fund in Amsterdam. I introduced there the Sapeurs for the first time and Willy, the young man featured on the front cover of my book « Gentlemen of Bacongo » was invited. He disappeared on the day of the opening. He did not want to go back to his country. However, that iconic image of the book has positively inspired the fashion world…All this to say that the Sapeurs’ dream is to come to Europe to gain self-affirmation and to escape from a difficult life event if that means to become a clandestine. He made the choice to stay in Europe instead of being famous. But upon reflection, going back home and facing  difficulties…We must not forget that Sapeurs are people who are dealing with problems but spend a lot of money for their passion for clothes. Sapeurs’ world is a dream one. Dressing that way makes them dream . We thus come to the notion France/Congo or Africa/Western countries.  It is an interesting anecdote.

Your picture below is our crush. Could you tell us more about it ?

Those two persons are studying Fashion. They like the sartorial style. They call themselves « sartorialistic », a combination of « sartorial » and « artistic » terms. In fact they are wearing their father’s clothes. They come from Alexandra which is a neighbourhood located in  Johannesburg’s township. The picture was taken in front of their house. While most people wear coloured clothes they have made the choice to wear dark clothes. They got their inspiration from African great leaders such as Lumumba. They have got a 60’s vintage style. They are famous bloggers from the world fashion and they are much in demand because they bring novelty. They often go to Fashion week and their favourite desiger is the American Tom Brown. I think those two young persons have a strong and bright future as a fashion journalist or fashion columnist in Johannesburg, one of the most emerging city in terms of fashion as well as Dakar. 

 Discover Daniele Tamagni’s artwork on his website : DANIELE TAMAGNI

 

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Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste Aïda Muluneh

Aïda Muluneh est une artiste et entrepreneuse culturelle basée à Addis Abeba. Elle quitte l’Ethiopie à l’âge de 5 ans et séjourne en Europe, au Yémen et au Canada. C’est au lycée, à Calgary qu’Aïda découvre la photographie. Elle prend conscience du pouvoir de l’image et notamment de la façon dont les gens associent une image à un pays. La vue de photos sur la famine, la souffrance en Ethiopie pousse Aïda à se documenter sur son pays afin de montrer une autre facette. Elle publie Past forward en 2009, un recueil d’image où elle livre un regard personnel sur la vie et la culture éthiopienne. Elle reçoit d’ailleurs le Prix international de la photographie. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux photo mettent en valeur les femmes africaines et celles de la diaspora et font l’objet d’expositions à l’international, notamment aux Etats-Unis, à Cuba, en Allemagne, au Mali…Sélectionnée pour l’exposition Lumières d’Afriques qui se tient actuellement à Paris du 4 novembre au 26 Novembre, Aïda Muluneh représente l’Ethiopie. Elle a accepté gentiment de répondre à nos questions.

Comment préparez-vous vos séances photos ?
Le travail en studio est depuis quelques années un processus intéressant pour moi. Je commence souvent par un croquis puis je construis la scène que j’aimerais créer. Le reste, consiste à réunir une équipe autour de l’image que je veux matérialiser. Des fois certaines séances photos me font penser à la production d’un film avec l’apport de plusieurs éléments qui entrent dans le processus et rend ma vision réelle. Mais pour moi, la principale préparation est l’inspiration que j’ai quand je crée le cliché dans mon travail de photo-journalisme. L’inspiration c’est en fait les rues où je me promène par opposition à quelque chose de confiné dans un espace.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de transmettre dans vos travaux ?
Ca dépend du type de photo sur lequel je travaille. Par exemple, si je travaille sur un projet de photo-journalisme, mon but est de présenter, ma communauté, et celles dont je me suis documentée avec dignité, dans un point de vue équilibré. En revanche, mon travail en studio consiste à exprimer ce que je ressens à travers les images que je construis.

Pouvez-vous citer des exemples de photographes africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?
Il y a beaucoup de photographes que j’admire et qui viennent du continent et au-delà des frontières. Toutefois, Shimelis Desta (Ethiopie) and Malick Sidibé (Mali) sont mes héros.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?
C’est dur de désigner un favori. C’est comme si vous demandez à une mère de choisir un favori parmi ses enfants.

Avez-vous un sujet particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ?
D’un point de vue artistique, je travaille sur plusieurs sujets pour différentes expositions qui auront lieu l’année prochaine et ma compagnie, Desta For Africa PLC, prépare en ce moment  la 4ème édition d’Addis Foto Fest (un festival photo bi-annuel qui a lieu à Addis Abeba).

La photo ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer sur le message que vous avez voulu transmettre ?

Titre: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Note conceptuelle :
Ma famille vient des régions rurales du Welo, un lieu où il n’y a pas de routes mais un chemin interminable dans les montagnes des hauts plateaux. Ma grand-mère a vu le jour au milieu d’une
vallée. C’est un de ces lieux où, lors de ma première visite, je constatais que sans route il se passera beaucoup de temps avant que l’électricité arrive là-bas. Il y a quelques années, mon grand-père par alliance est décédé à l’âge de 105 ans et mes cousins ont demandé à emprunter une petite lampe solaire créée par les artistes d’Olafur Eliasson. Dans notre tradition quand une personne meurt, les funérailles durent souvent 40 jours et réunit la famille des différentes régions pour célébrer la vie du défunt. Quand mon cousin revint des funérailles, il raconta qu’une centaine de membres de la famille s’était abritée sous une tente et les femmes ont pu cuisiner la nuit grâce à une petite source de lumière qui venait du gadget « petit soleil ». Le besoin en électricité dans les régions n’a pas seulement un impact sur notre vie quotidienne. Il influe sur notre capacité à aller de l’avant, c’est une composante intégrale dont a besoin. Ceci étant dit, le texte en amharique que vous apercevez sur le livre que la femme tient est une inspiration d’un long poème qui autrefois était utilisé en troisième année d’école élémentaire amharique et dit que l’éducation est l’outil qui nous permet de sortir de l’ombre. Le titre du poème est « Ye brehan fiker » (signifie plus ou moins l’amour pour la lumière ou illumination) de Debebe Seifu. Avec ça en tête, je pense que ce n’est pas seulement une illumination mentale mais le besoin de lumière pour pousser notre génération future vers un avenir prometteur. Pour terminer, j’avais un ami indien qui un jour me raconta l’histoire de son père qui venait d’un milieu rural similaire à ma famille dans lequel il n’y avait qu’un lampadaire dans la ville et que son père s’asseyait sous le lampadaire pour étudier parce qu’il n’avait pas l’électricité à la maison. La propre détermination de son père par rapport au challenge auquel il a fait face a montré sa volonté de changer le cours de sa vie à travers l’éducation. Donc du fait que l’Ethiopie une une société à dominance agraire, cela signifie que le besoin en électricité est intimement lié à notre croissance et développement.

Aïda Muluneh is an artist and cultural entrepreneur based in Addis Ababa. She left Ethiopia when she was 5 and lived in Europe, Yemen and Canada. She discovered photography in high school, in Calgary, and became aware of the power of image and how people could associate an image to a country. After she saw many photos about famine and suffering in Ethiopia she decided to document on her country so that to have people seen it from another angle. She published « Past forward » in 2009, a collection of images in which she set out her personal vision on Ethiopian life and culture. She has received an award from the International Photography Awards. Today most of her works emphasize African women included those of the diaspora and are subject to international showcasings in the United States, Cuba, Germany, Mali…Recently selected for Lumières d’Afriques exhibition that is currently taking place in Paris from 4th November to 26th November, Aïda Muluneh represents Ethiopia. She has kindly accepted to answer our questions.

How do you prepare your shootings ?
The studio work has been an interesting process for me in the past few years. I often start with a sketch and start building the scene that I would like to create, the rest is building the team around the image that I want to bring to realization. Sometimes for a shoot it reminds me of a film production with many components going into it to make the vision come alive. But the main preparation for me is the inspiration to create the one piece, while in my photojournalism work, the inspiration is the streets that I walk on as opposed to something confined in a space.

As a photographer, what is essential to convey through your works ?
It depends on the type of photography that I am doing, if its is photojournalism my main focus is to present my community and also those that I am documenting with dignity and through a balanced perspective. While my studio work is focused on expressing on what is within me through the images that I construct.

Can you give us some examples of  African photographers that you admire or take inspiration from ?
There are many photographers that I admire that are from our continent and also beyond our boarders but for here Shimelis Desta (Ethiopia) and Malick Sidibé (Mali) are my hero’s.

Among your work, which one is your favourite ?  Why ?
Its hard to say which is my favorite work, its like asking a mother which one of her children are her favorite.

Are you currently working on a particular project ?
Artistically I am working on a large body of work for various exhibitions next year, while through my company Desta For Africa PLC we are preparing for the fourth edition of the Addis Foto Fest (a photography biannual taking place in Addis Ababa).

Your above picture is our crush. Can you highlight us about it ?

Title: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Concept note:
My family comes from the rural regions of Welo, a place that has no roads but a long walk through the mountains of the highlands. The birth place of my grandmother is in the middle of a valley and through my first visit it is one of those places that unless a road is built the chances of electricity reaching would take time. A few years ago, my step grandfather passed away at the age of 105 and my cousins asked to borrow a small solar light that was designed by the artists Olafur Eliasson. In our tradition when someone dies the funeral is often a 40 day event which brings in family from across the various regions to celebrate the life of the person who has passed. When my cousin returned, he said that the family of over 100 people were huddled under a tent and the women were able to cook through the night just from the small light source that came from the « little sun » gadget. The need for electricity in all regions not only has an impact for our daily life but in order for us to move forward its an integral component that is needed. With this said, the Amharic text that you see on the book that the woman is holding is an inspiration drawn from a long poem that is used to be used for 3rd grade Amharic curriculum in which it talks about education is the tool that brings us out of darkness. The title of the poem is « Ye brehan fiker » (loosely translates the love for light or enlightenment) by Debebe Seifu. With this in mind, I believe that its not only mental enlightenment but the need for light to also move our future generation towards a  brighter future. On last note, I had a friend from India who once told me the story of his father who came from a rural region similar to my families in which their was only one light pole in the town and his father would sit under the light studying since their was no electricity in his home. His fathers self determination regardless of the challenges that he faced showed his passion to change his path through education. Hence, with Ethiopia being predominantly an agrarian society which means that the need for electricity is closely tied to our growth and development.