Clap sur Wùlu, le film de Daouda Coulibaly

Il était une fois à Bamako… Wùlu , le premier long-métrage de Daouda Coulibaly, aurait pu débuter  par cette formule d’introduction. Seulement, le réalisateur franco-malien en a décidé autrement. Le film s’ouvre sur une voix off qui interpelle le spectateur  :

Dans la culture bambara, les sociétés d’initiation ont pour rôle de former leurs adeptes de manière à en faire des membres dignes de leur communauté.
Dans la société dite du Ntòmo, les initiés progressent à travers cinq niveaux :
Le niveau du lion enseigne à l’individu d’où il vient.
Celui du crapaud lui dit où il va.
Celui de l’oiseau le renseigne sur ce qu’il est.
Celui de la pintade considère la place de l’homme face au cosmos.
Le dernier niveau éclaire l’initié sur sa place dans la société. C’est le niveau du chien (Wùlu).

Le message est clair. Il annonce un parcours de vie qui se déroule dans un contexte africain.

Entre contes et fables

Pour être reconnu dans la société bambara, l’individu doit se soumettre aux différents rites de passage qui feront de lui un être respectable. « Je pense que Ladji, le personnage principal…il vient de ces valeurs là. Sa priorité, quand on le découvre au début du film, c’est le fait de se respecter lui, de respecter son clan, de respecter sa communauté » nous informe Daouda Coulibaly. Effectivement, les premières images du film présentent Ladji sous les traits d’un apprenti-chauffeur, au service de la communauté. Ce jeune homme nourrit l’espoir d’obtenir, un jour, la promotion qui lui permettrait de s’élever dans la société et peut-être d’atteindre la 5ème étape de son parcours de vie, celle du Wùlu. Le poste convoité est à sa portée mais Daouda Coulibaly préfère lui faire emprunter un autre chemin en le privant de sa promotion. « Ladji, voit ses plans contrariés et s’impose une nouvelle direction. C’est à travers son parcours que finalement il va abandonner ses valeurs traditionnelles, d’où il vient, pour embrasser la voie du crime organisé et ce que la société moderne a de nouveau à offrir comme valeur ».  Le jeune homme, rejoint alors un groupe de narcotrafiquants et connait une ascension fulgurante : il passe de délinquant à criminel en franchissant chaque étape avec succès.

En changeant de trajectoire, Ladji adopte un nouveau profil. Il incarne « l’image de l’enfant terrible » (celui qui fait tout le contraire de ce que la société attend de lui) souvent évoquée dans les contes et les fables. On retrouve également cette même image chez sa soeur Aminata à qui on a attribué les pires caractéristiques : la prostitution, entre autres. Si certains pensent que le personnage d’Aminata contribue à renvoyer une image dégradante de la femme africaine, c’est bien le cas. Mais alors, il faut aller plus loin dans l’analyse et comprendre que c’est une volonté délibérée du réalisateur qui nous rappelle ici le rôle que joue les contes et les fables dans l’éducation d’un enfant. En effet, les deux jeunes gens représentent ce que la société africaine méprise au plus haut point et sont dépeints de manière très négative pour dissuader les enfants de suivre leur exemple. Cette idée est renforcée par une fin tragique où Ladji, malheureux, ne trouve pas sa place dans cette nouvelle vie et décide d’y mettre un terme. Une fin qui signe non seulement la perte d’un être cher pour Aminata mais surtout qui sonne comme une sanction pour toute personne qui ne respecte pas les valeurs de la communauté. « Il y a un côté un peu moraliste dans ce film. Moi j’aime beaucoup les contes initiatiques, ceux qui nous proposent de nous dévoiler, en tant que spectateur, un parcours de vie et donc c’est un peu ça que j’ai essayé de faire…de montrer un parcours de vie de Ladji et de faire en sorte qu’il nous interpelle, nous fasse réfléchir pour provoquer un débat », nous révèle le réalisateur. On est donc à même de se demander si les choses se seraient déroulées autrement si Ladji avait fait des études.

Entre éducation et narcotrafic

Pour beaucoup de pays africains, l’éducation reste un problème majeur. Si des progrès ont été effectués, ces dernières années, dans ce domaine, ils restent néanmoins insuffisants. Un rapport (document 37C/5) établi par l’Unesco en 2014  révèle que « l’Afrique est un continent d’opportunités. Depuis 2000, de nombreux pays africains ont accompli d’importants progrès […] mais accuse un retard dans beaucoup de grands domaines de l’éducation, ce qui entrave son développement socio-économique ». Ce rapport souligne bien le potentiel de l’Afrique et nous amène à nous interroger sur ceux qui profitent de ces opportunités. Une chose est sûre, cela ne concerne pas les laissés-pour-compte qui, à défaut de ne pouvoir être les acteurs directs du développement économique de leur pays, revendiquent leurs existences à travers un marché parallèle : celui de la débrouille. Mais, depuis une décennie, l’arrivée des narcotrafiquants en Afrique de l’ouest a changé la donne. Tout le monde veut profiter de ce commerce lucratif de la cocaïne, depuis le paysan qui peine à faire rentrer l’argent dans son foyer jusqu’au fonctionnaire dont le salaire n’a pas été versé depuis des mois ou encore jusqu’aux hauts fonctionnaires d’Etat qui souhaitent s’enrichir davantage. Profitant de la pauvreté des pays, du manque de contrôle aux frontières et de la corruption des gouvernements africains, ces narcotrafiquants ont réussi à faire de la région une plaque tournante pour le trafic de cocaïne vers l’Europe avec comme conséquence aggravante le développement de la criminalité.

C’est cette réalité que Daouda Coulibaly dépeint dans son film.  « J’ai voulu décrire une réalité qui doit interpeller tout le continent afin de trouver la voie du développement. Il faut commencer par regarder ce qui ne fonctionne pas et essayer de trouver les solutions que l’on peut apporter à ces dysfonctionnements au lieu de faire comme s’ils n’existaient pas ». Pour cela, il s’installe au Mali en 2011 et effectue des recherches sur l’affaire « Air cocaïne » qui a secoué le pays en 2009. Il se penche également sur la « figure criminelle » en Afrique qui selon lui est très peu exploitée dans le cinéma africain. Pour expliquer les raisons qui peuvent mener un homme vers la voie de la criminalité, il cite les écrits de James Baldwin : « La création la plus dangereuse de n’importe quelle société est cet homme qui n’a rien à perdre ». Ladji, est justement un pur produit de la société africaine. A travers ce personnage, Daouda Coulibaly donne la voix à la jeunesse et montre à quel point, celle-ci, en proie aux tourments d’un avenir incertain, mérite qu’on lui prête une oreille plus attentive. « Il faut investir dans le capital humain, investir dans la jeunesse africaine, c’est ça un peu que le film encourage à prendre en considération ».

Wùlu  est un film réaliste qui ne cherche pas à accabler les dirigeants africains mais plutôt à les inciter non seulement à faire face aux problèmes qui freinent actuellement le développement socio-économique mais surtout à trouver des solutions pour construire le continent et offrir un avenir à la jeunesse. Pour ce premier long-métrage, Daouda Coulibaly a rempli son contrat. C’est un film qui fait du bien et qui est encourageant pour l’avenir du cinéma africain.

 

 

 

 

 

 

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Expo photos « Couleur nuit » – Osvalde Lewat

La réalisatrice camerounaise, Osvalde Lewat, nous présente ses travaux photographiques dans une exposition intitulée « Couleur nuit », ce jour à 18h30 à la Galerie Marie-Laure de L’Ecotais à Paris.

Connue pour son documentaire engagé, Une affaire de Nègre (2008), où elle dénonce les agissements ignobles d’une unité spéciale des forces de l’ordre, qui avait fait disparaître près d’un millier de personnes au Cameroun en 2000, l’ex-étudiante de l’IEP (Institut d’études politiques) et de la Femis nous plonge ce soir dans les ténèbres de Kinshasa et des villes de la République du Congo où elle a vécu pendant 8 ans.

C’est au cours de ce séjour, qu’Osvalde en profite pour sillonner les rues durant la nuit.  Aujourd’hui, elle nous révèle en poésie des images inédites du pays et de ses habitants. Images qui font l’objet d’un livre, Congo couleur nuit, dont la parution est prévue en novembre 2015.

Galerie Marie-Laure de L’Ecotais
49 rue de la Seine – 75006 Paris

Du 8 au 22 octobre 2015

Librairie Galerie LE 29
29, rue des Récollets 75010 Paris

Du 11 au 25 novembre 2015

Today at 6:30 PM, the Cameroonian director, Oswald Lewat, is showcasing her photographic artworks in an exhibition entitled « Night colour » at the Paris Galerie Marie-Laure de L’Ecotais.

Known for her famous engaged documentary, « Une affaire de Nègre » (2008), in which she condemns the depiscable acts of a special force unit that has 1000 persons disappeared in Cameroon in 2000, the former IEP (Institute of Political Studies) and Femis student plungs us this evening into the darkness of Kinshasa and RDC’s cities, where she has lived for 8 years.

During her stay there, Osvalde profits on the opportunity to hit the streets by night. Today she reveals us, with poetry, unseen images of the country and its inhabitants. Images that are subject to a book, « Congo couleur nuit », to be publicated this November 2015.

Galerie Marie-Laure de L’Ecotais
49 rue de la Seine – 75006 Paris

From 8th to 22nd October 2015

Librairie Galerie LE 29
29, rue des Récollets 75010 Paris

Du 11th au 25th november 2015