Lumières d’Afriques, Clap sur Gonçalo Mabunda le sculpteur mozambicain qui transforme les armes de guerre en objets d’arts

L’exposition, Lumières d’Afriques vient de fermer ses portes ce mardi. Si la lumière s’est éteinte au Théatre du Palais Chaillot, elle continue de briller pour les 54 artistes africains qui nous ont éclairé, chacun à leur manière, sur la réalité et les conditions de vie dans leurs pays respectifs. Outre Aïda Muluneh et Nù Barreto qui nous ont livré leurs visions, espoirs et luttes pour une Afrique meilleure, nous retenons également, The Future, l’oeuvre de Napalo Mroivili qui résume si bien le quotidien des africains. En effet,  l’artiste a peint une ampoule cassée sur un châle comorien, qu’il a ensuite transformé en lampe à pétrole. Il démontre ainsi que face à l’adversité, il existe des solutions. Mais c’est sans aucun doute, le sculpteur mozambicain Gonçalo Mabunda qui nous laisse un message fort, plein d’espoir à travers son oeuvre « Light at the end of the tunnel ». Un message de paix qui prend tout son sens dans ce climat d’angoisse dans lequel nous vivons actuellement. Afrique sur scène s’est entretenu avec l’artiste qui transforme les armes de guerre en objets d’arts…

 

Pouvez-vous vous présenter… Quel est votre parcours ?

J’ai commencé à travailler comme coursier chez Nucleo de Arte (Association d’artistes du mozambique)en 1992. Quelques temps après, par curiosité, j’ai récupéré des chutes de matériels laissées par les artistes pour m’initier à la peinture. En 1994, après avoir été l’assistant d’Andries Botha dans le cadre de l’atelier UJAMAA IV, celui-ci me conseille d’aller me former aux techniques du métal et du bronze à l’université Tecknicon Natal en Afrique du Sud. C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à travailler la sculpture sur métal.

Vous représentez la Mozambique dans l’Exposition « Lumières d’Afrique » qui réunit les 54 pays Africains au Palais Chaillot à Paris. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre sélection ?

Je suis fier de faire partie des artistes sélectionnés. Juste parce que seul un artiste d’un pays du continent faisait l’objet d’une sélection. J’espère que mon travail sera à la hauteur des attentes des visiteurs.

Le thème de l’exposition c’est l’accès à l’énergie pour les tous les pays africains. Pensez-vous que la Mozambique est concernée par ce problème?

Je pense que oui. Une grande partie de la population n’a pas accès à cette énergie mais la situation est en train de changer progressivement. Il y a plus de personnes qui en ont maintenant accès, mais il reste encore beaucoup à faire.

Votre originalité repose sur le fait que vous utilisez des armes de guerre pour en faire des sculptures. Pourquoi ?

C’est en effet en transformant les armes de guerre en objets d’art que j’ai commencé à être connu. Ce sont des objets issus de la guerre civile qui a duré 16 ans au Mozambique. Après la guerre, le Conseil Chrétien du Mozambique a créé un projet qui consiste à échanger des armes de guerres contre des droits et de donner ces armes aux artistes qui eux les transforment en objets d’arts. Je faisais partie des artistes impliqués dans ce projet. Notre but n’était pas d’enterrer l’histoire mais de la montrer sous un autre angle en détournant un matériel capable de tuer pour le changer en un objet qui suscite la paix et la réflexion.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail ? Qu’est-il important pour vous de transmettre ?

D’abord, c’est transformer des armes de guerre, quelque chose capable de tuer en objet d’art. Ensuite, c’est amener les gens à réfléchir sur la peine que peut causer ce matériel et sa capacité à détruire le monde. Il est essentiel pour moi de créer et de transmettre aux autres mes préoccupations quotidiennes, mes opinions et de savoir que mon travail touche la sensibilité des gens.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?

J’ai fait pas mal de trônes qui sont tous spéciaux pour moi. Ma Tour-Eiffel entre autres a propulsé ma carrière et  a été acquise par un collectionneur français. Une Tour Eiffel réalisée au Mozambique et qui a pour destination la France.

Quels sont les sculpteurs africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?

J’admire particulièrement le Sud africain Andries Botha. C’était mon professeur. Il y a d’autres artistes que j’admire : El Anatsui, Jane Alexander, Samuel Fosso, William Kentridge, Frédéric Bruly Bouabre, Marlène Duas, Titos Mabota, Chéri Samba et beaucoup d’autres encore.

Avez-vous un projet particulier sur lequel vous travaillez ou envisagez de travailler ?

En ce moment, je travaille sur un projet de monument pour la Banque Nationale du Mozambique.

L’oeuvre ci-dessous est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer  ?

Cette pièce a été réalisé pour le projet « Lumières d’Afriques ». J’ai essayé de faire ressortir l’âme du projet. J’ai utilisé beaucoup de couleurs pour apporter de la lumière, ce qui contraste avec les armes de guerre, un matériel mort.

Découvrez les oeuvres de Gonçalo Mabunda sur son site internet : www.goncalo-mabunda.com

 

Lumières d’Afriques exhibition has just closed its door this Tuesday. If the light has turned off at the Chaillot National Theatre, it keeps on shining for the 54 African artists who has highlighted us, each on their own way, on the reality and living conditions in their respective countries. In addition to Aïda Muluneh and Nù Barreto who set out their visions, hopes and struggles for a better Africa, we keep in mind Napalo Mroivili’s artwork, « The Future » that sums up so well the everday life of African people. Actually, he has designed a broken bulb on a Comorian shawl that he has turned into a petroleum lamp so that to show that in face of adversity, there are always solutions. But it is undoubtedly, the Mozambican Gonçalo Mabunda who has conveyed us a strong message, filled with hope, through his artwork « Light at the end of the tunnel ». A message of peace that finds its meaning in this climate of fear in which we are currently living. Afrique sur scène has interviewed the artist who turns weapons into art pieces…

 

Tell us a little bit about yourself…What is your background ? When did you start showing interest in sculpture ?

I started to work at Nucleo de Arte (Artist Association of Mozambique) as a courier in 1992. For curiosity some time after I began to experiment with painting with the leftover material from other artists. In 1994 I became the assistant of Andries Botha at the workshop UJAMAA IV and after the workshop he suggested I go to South Africa to be trained in metal and bronze at Tecknicon Natal University. After this training I began to work with metal sculpture.

You represent Mozambique in « Lumière d’Afrique » exhibition that gathers the 54 African countries at Chaillot Nationale Theater in Paris. How do you feel with regards to your selection ?

I feel proud to be one of the artists selected and to represent my country. Specially because only one artist from each country of the continent was selected. I hope my work will fulfill the expectations.

The exhibition theme is the access to energy for all African countries. Do you think Mozambique is concerned about this ?

I think yes. The majority of the population does not have access to this energy but slowly this is changing, trying to reach more people. Yet, there is still much work to do.

Your originality relies on the fact that you use weapons for your sculptures. Why ?

It’s a fact that I became known for turning weapons in art pieces. This comes from the civil war in Mozambique, that lasted 16 years. After the war, in 1992, a religious organization, Christian Council of Mozambique, created a project that consisted in exchanging weapons for tolls and giving these to artists to turn this in art. I was one of the artists involved in this project. Our idea was not to burry history but to show it in another way, transforming deadly material in something for peace and reflexion.

What do you find exciting in your work ? What is important for you to convey ?

First, it’s transforming weapons, something deadly into art. Second, it’s making people think about the pain this material I use has brought to people and it’s capacity to destroy the world. It’s essential for me to create and convey to others my daily thoughts, my opinions and to have my work reached people’s sensitiveness.

Among your work, which one is your favourite ? Why ?

There are several thrones I have made that are special for me. My Eiffel Tower, that boosted my career and which was bought by a French collector. An Eiffel Tower made in Mozambique that goes to France.

Can you give us some examples of African sculptors that you admire or take inspiration from ?

I admire particularly Andries Botha from South Africa. He was my master. There are other artists I admire, as El Anatsui, Jane Alexander, Samuel Fosso, William Kentridge, Frédéric bruky Bouabre, Marlène Duas, Titos Mabota, Chéri Samba and many other ones.

Are you currently working on a particular project ?

At the moment I am working on a project to make a monument for the new Mozambican National Bank.

Your below picture is our crush. Can you highlight us about it ?

This piece was made for the project « Lumières d’Afriques », in which I tried to bring the soul of the project. I used a lot of colour to bring light contrasting with the weapons, a dead material.

Discover Gonçalo Mabunda’s artwork on his website : www.goncalo-mabunda.com

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Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste plasticien Nù Barreto

 Nù Barreto est un artiste plasticien originaire de la Guinée Bissau. Ce passionné des arts découvre très tôt sa vocation au contact de son frère aîné qui l’initie au dessin. « La bande dessinée fut mon premier amour et mon compagnon de solitude imposé, un moment de communion entre l’art et moi », nous confie-t-il. Il quitte son pays à l’âge de 22 ans et s’installe en France pour étudier la photographie à l’école des Gobelins. Son oncle tente de le dévier de sa trajectoire, les métiers de l’art étant une voie difficile à embrasser. Malgré la relation conflictuelle qu’il entretient avec son oncle, le jeune guinéen s’accroche et réussit à boucler ses études. Après des débuts difficiles dans la photographie, Nù Barreto se tourne tout naturellement vers la peinture. La photographie me semblait assez statique et restreinte car elle n’apporte pas la possibilité d’ajouter des éléments importants pour permettre une lecture fluide et facile d’une œuvre (..) Par contre, la peinture et le dessin me permettent d’agir à ma convenance. L’invitation d’une amie à une exposition sera le point de départ de sa carrière artistique. Connu pour son travail d’artiste engagé, Nù dénonce dans la majorité de ses œuvres des problèmes de société. Aujourd’hui, son travail est exposé à l’international, notamment en France, au Portugal, en Espagne, au Brésil…Sélectionné pour représenter la Guinée Bissau à l’exposition Lumières d’Afriques, nous avons voulu en savoir plus sur l’artiste.

 

Vous représentez la Guinée-Bissau dans l’Exposition « Lumières d’Afrique » qui réunit les 54 pays Africains au Palais Chaillot à Paris. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre sélection ?

C’est tout simplement une joie de partager son expérience et son histoire avec les autres. J’ai eu dans le passé d’autres occasions de représenter la Guinée-Bissau. C’est toujours un moment d’échange fantastique. J’espère simplement la représenter dignement en montrant les préoccupations des guinéens au monde entier.

Le thème de l’exposition c’est l’accès à l’énergie pour tous les pays africains. Pensez-vous que la Guinée-Bissau est concernée par ce problème?

La Guinée Bissau est logée à la même enseigne que le reste du continent. Depuis son indépendance en 1973, le problème d’énergie comme tant d’autres n’a jamais été pris en compte sérieusement. Ce crucial et vital problème a toujours été traité par intermittence, comme si la vie et le développement du pays n’en dépendent pas.

Nous sommes dans une période de légère amélioration qui pour moi est aussi le symbole de la fragilité. Il y a des lustres qu’on nous parle d’un projet de construction d’un barrage hydraulique qui aurait une capacité suffisante pour la sous région…We are still waiting.

Votre dernière série tourne autour de personnages qui flottent dans les airs. Comment vous est venu cette idée ?

Je serai toute ma vie lié amoureusement à ma culture. Je puise en elle mes raisons de décrire et crier mes amertumes. Que ce soit des causes universelles ou pas, j’essaie de puiser les sources nécessaires pour en être compris.

En Guinée-Bissau, lorsque vous n’avez aucun soutien, on dit que vous êtes lâché comme du pollen dans l’air, d’où l’expression en Créole « Largadu suma lã na bentu ».

Par errance, en quête de liberté et de sens, ces personnages tératologiques envahissent mes oeuvres depuis longtemps et m’aident à trouver une solution à mes questions.

Pouvez-vous nous parler de cette couleur grisâtre omniprésente dans cette série ?

La couleur « Pretu Funguli » (Noir Funguli) reflète un désarroi et une situation. Lorsqu’un individu n’utilise pas de lotion pour le corps, sa peau devient blanchâtre et sèche, ce qui donne un aspect grisâtre sur les personnes noires ébène. Ce phénomène qui touche ceux vivant dans une pauvreté extrême est propre à l’Afrique et témoigne d’un flagrant déséquilibre économique et social. Ce sont souvent les enfants qui sont victimes de cette carence. La couleur « Pretu Funguli » a été extraite de ce phénomène puis  transposé de manière à décrier le sens du mot « Funguli ». En créole guinéen, ce mot veut dire « avoir la peau blanchâtre ». Aujourd’hui, il est entré dans le langage courant et est utilisé pour séparer les classes sociales. Pour endiguer ce fléau, je dénonce donc cette inégalité avec ma couleur de coeur, le « Pretu Funguli ». Elle fait partie de ma création actuelle et je poursuis ma démarche de manière à trouver une issue favorable. Une issue de compréhension.

Quels sont les peintres africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?

Je préfère parler de considération et non d’admiration dans certains cas. Mise à part l’engagement dans la criarde ligne idéologique que je défends. Je pense avoir un travail antagonique et particulier. Le vécu est personnel à chacun, nous avons tous une histoire et un rêve à partager.

Je ne m’inspire pas de personnes. Je compose avec les vécus ou les expériences des autres.

J’apporte une réelle considération pour le travail de Ernesto Shikani (Mozambique), El Anatsui (Ghana), Iba Ndiaye (Sénégal), Ernest Duku (Cote d’Ivoire), Jacob Yacouba (Sénégal) ou encore Manuel Figueira (Cap Vert), Ludovic Fadairo (Bénin), Freddy Tsimba (RDC), Braima Injai (Guinée-Bissau), Soly Cissé (Sénégal)… enfin la liste est longue. La tranquillité de l’expression de Piniang (Sénégal) me passionne énormément ! Certains parmi la longue liste, ont construit une démarche pleine de sens et un travail consistant tandis que d’autres, plus jeunes, font un remarquable travail.

Je ne saurai citer ma préférence tant la liste est vaste.

L’Afrique a des grands artistes.

Avez-vous un thème particulier sur lequel vous travaillez ou envisagez de travailler ?

Je ne me suis jamais imposé une thématique à aborder. J’ai souvent suivi mon instinct et j’avoue que l’humanité me donne assez à faire.

J’ai un travail très engagé qui résulte de ma volonté de défendre des causes.

Je développe encore le Prétu Funguli (Noir Funguli), car j’estime avoir encore tant de choses à produire pour dénoncer. Je laisse libre cours au destin de continuer à m’imposer des causes à défendre.

Le thème de l’identité pourrait être un prochain combat, parce que depuis pas mal de temps, je me pose beaucoup de questions à ce sujet. A voir…

L’oeuvre ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Il fallait aborder le thème de la Lumière sous deux angles différents. Premièrement, Lumière comme source et deuxièmement, Lumière comme potentialité ou capacité de s’assumer en tant qu’africain et être humain.

De ce fait, Sukuru  qui est le titre de l’oeuvre a subi deux étapes.

En voulant tester et démontrer le résultat du manque de lumière, j’ai abordé l’étape initiale dans la pénombre totale, exprimant parallèlement la difficulté que le manque de lumière nous inflige.

La deuxième lecture consiste à poser ces personnages dans une position de totale capacité de leurs moyens et de montrer une émersion, têtes hautes et sans complaisance vers un nouveau monde. Les personnages ne sont pas à la recherche de considération par compromis ou intérêt mais désirent être considérés à leur juste valeur.

Ces deux approches juxtaposées me semblent indispensable si l’on considère la lumière comme source mais aussi Lumière d’une projection. J’ai ajouté quelques collages de textes pour faciliter la lecture de l’oeuvre et permettre à chacun une libre interprétation.

L’idée de confronter et exprimer les deux sens d’une seule Lumière, semble propice au confrontations des objectifs de développement d’une société.

Donc la lumière reste une source indéniable dont on aura éternellement besoin.

Découvrez les oeuvres de Nù Barreto sur son site internet : www.nubarreto.com

 

Nù Barreto is a visual artist originated from Guinea Bissau. This man of arts and passion discovered his vocation from his elder brother who taught him how to draw at an early age. « Comic strip was both my first love and my companion in solitude, a moment of connection between arts and I », he says. He moved to France at 22 and studied at the Paris based School of the Image, in Gobelins. His uncle persuaded him to change his orientation as visual arts are not something easy to handle. Despite the conflicting relationship he had with his uncle, the young Guinean persevered and managed to finish his studies. After a tough start in photography, Nù Barreto naturally turned to painting. « Photography sounded quite static and limited because it does not bring the possibility to add elements that allow you to have a clear and easy reading of the artwork (…) By contrast, painting and drawing can offer you the opportunity to act at your convenience ». The invitation to an exhibition from a friend of his will be the starting point of his artistic career. Known for his work of an engaged artist, Nù denounces social issues in most of his paintings. Today, his artwork is exhibited all over the world : France, Portugal, Spain, Brazil… Nominated to represent Guinea Bissau at Lumières d’Afriques Exhibition, Afrique sur scène wanted to know some more about the artist.

You represent Guinea Bissau in « Lumière d’Afrique » Exhibition that gathers the 54 African countries at Chaillot Nationale Theater in Paris. How do you feel with regards to your nomination ?

It is simply a great joy to share my experience and my story with others. In the past, I had other opportunities to represent Guinea Bissau. It is always a fantastic moment of exchange. I hope I will be a dignified representative and will be able to show Guinean concerns to the whole world.

Acces to energy for all African countries is the theme of  the exhibition. Do you think Guinea Bissau is concerned by this issue ?

Guinea Bissau is in the same boat as the rest of the continent. Since it recovered its independence in 1973, the energy issue, as well as many other ones, has never been taken into account seriously. This crucial and vital problem has always been addressed in an intermittent manner, as if life and development do not depend on it.

We have entered a period of slight improvement that is, in my eyes, a symbol of fragility. We have been waiting for ages, an hydraulic dam construction project that would have enough capacity for the sub-region…We are still waiting.

Your latest serie is about characters that appear to float in the air. How does this idea come out to you ?

I will be faithfull to my culture all of my life. I draw my inspiration from it to describe and express my resentments. Whether they are universal causes or not, I try to get enough inspiration from it so that to be  understood.

In Guinea Bissau, when you have no support, we say that you are released like pollen into the air, hence the Creole expression « Largadu suma lã na bentu ».

Wandering in search of freedom and meaning, those teratotolgy characters have been invading my artworks for a long time and have helped me find a solution to my questions.

Could you tell us more about the « Pretu Funguli », this greyish colour that defines your style for this serie ?

The « Preto Funguli » colour generates both a disarray and a situation. When an individual does not use body lotion for his skin, the latter becomes whitish and rough, providing that greyish aspect especially on dark skinned persons. This phenomenon that affecting people who are living in a severe poverty is specific to Africa and reveals an economic and social stark imbalance. Children are often the victims of this void. The « Pretu Funguli » colour has been extracted from this phenomenon and then transposed so that to denounce the meaning of the word « Funguli ». Guinean Creole defines that word as « having a whitish skin ». Today, it has entered the language and is used to separate social classes. To curb this problem, I am denouncing this inequality with my heart colour, the « Pretu Funguli ». It is part of my current creation and I continue my mission seeking a favourable outcome that ensures a thorough understanding.

Who are the African visual artists that you admire or take inspiration from ? 

I prefer talking about consideration and not admiration, in some cases. Aside for the involvment into the pressing ideological line that I have been defending. I think I have an antagonistic and particular work. Lived experience is something personal to eah of us. We all have a story and a dream to share. I do not draw inspiration from anyone. I am coping with the lived experience of others.

I have a real consideration for the work of Ernesto Shikani (Mozambique), El Anatsui (Ghana), Iba Ndiaye (Senegal), Ernest Duku (Ivory Coast), Jacob Yacouba (Senegal) ou encore Manuel Figueira (Cape Verde), Ludovic Fadairo (Benin), Freddy Tsimba (DRC), Braima Injai (Guinea-Bissau), Soly Cissé (Senegal)… the list is endless. The relative calm of Piniang’s expression (Senegal) passionates me a lot. Among this long list some of them have constructed an important path filled with meaning while other youngers have done an impressive work.

It is difficult to choose my favourite one as the list is so long. Africa has got great Artists.

What are you working on now or what are you planning to work on in the future?

I never impose myself a theme to undertake. I often follow my instinct and I must admit that humanity provides me enough to do. I have an engaged work that comes from my willing of defending causes.

I am still developing « Prétu Funguli  » (Black Funguli) because I think I still have a lot to produce if I wish to to denounce things. I hope destiny will keep on imposing me causes to defend.

The identity theme could be my next struggle because I find myself continually questioning about it.  We will see…

Your above artwork is our crush. Can you highlight us about it ?

I have to undertake the Light theme under two angles. First, Light as a source and second Light as a potential or an ability to assume oneself as an African or a human being.

As a result, Sukuru which is the artwork’s title has required a two step process.

While wanting to test and proving the result from the lack of light, I started the first step by working on the shadows, expressing at the same time the difficulty that situation could cause.

The second step consisted in having those characters in full possession of their faculties and showing an emersion, head-up without fear or favour towards a new world. The characters are not looking for compromise. They just want to be considered at their fair value.

A side-by-side comparison sounds essential if we consider Light as a source and also Light as a projection. I added some collages of newspapers so that to have an easy reading of the artwork and allow people to have their own interpretation.

The idea of confronting and express the two meanings of one Light sounds favourable to a society’s development goals.

Thus, Light remains a key source that will be needed forever.

Discover Nu Barreto’s artwork on his website : www.nubarreto.com

Lumières d’Afriques, Clap sur l’artiste Aïda Muluneh

Aïda Muluneh est une artiste et entrepreneuse culturelle basée à Addis Abeba. Elle quitte l’Ethiopie à l’âge de 5 ans et séjourne en Europe, au Yémen et au Canada. C’est au lycée, à Calgary qu’Aïda découvre la photographie. Elle prend conscience du pouvoir de l’image et notamment de la façon dont les gens associent une image à un pays. La vue de photos sur la famine, la souffrance en Ethiopie pousse Aïda à se documenter sur son pays afin de montrer une autre facette. Elle publie Past forward en 2009, un recueil d’image où elle livre un regard personnel sur la vie et la culture éthiopienne. Elle reçoit d’ailleurs le Prix international de la photographie. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux photo mettent en valeur les femmes africaines et celles de la diaspora et font l’objet d’expositions à l’international, notamment aux Etats-Unis, à Cuba, en Allemagne, au Mali…Sélectionnée pour l’exposition Lumières d’Afriques qui se tient actuellement à Paris du 4 novembre au 26 Novembre, Aïda Muluneh représente l’Ethiopie. Elle a accepté gentiment de répondre à nos questions.

Comment préparez-vous vos séances photos ?
Le travail en studio est depuis quelques années un processus intéressant pour moi. Je commence souvent par un croquis puis je construis la scène que j’aimerais créer. Le reste, consiste à réunir une équipe autour de l’image que je veux matérialiser. Des fois certaines séances photos me font penser à la production d’un film avec l’apport de plusieurs éléments qui entrent dans le processus et rend ma vision réelle. Mais pour moi, la principale préparation est l’inspiration que j’ai quand je crée le cliché dans mon travail de photo-journalisme. L’inspiration c’est en fait les rues où je me promène par opposition à quelque chose de confiné dans un espace.

En tant que photographe, qu’est-il primordial pour vous de transmettre dans vos travaux ?
Ca dépend du type de photo sur lequel je travaille. Par exemple, si je travaille sur un projet de photo-journalisme, mon but est de présenter, ma communauté, et celles dont je me suis documentée avec dignité, dans un point de vue équilibré. En revanche, mon travail en studio consiste à exprimer ce que je ressens à travers les images que je construis.

Pouvez-vous citer des exemples de photographes africains que vous admirez ou qui vous inspirent ?
Il y a beaucoup de photographes que j’admire et qui viennent du continent et au-delà des frontières. Toutefois, Shimelis Desta (Ethiopie) and Malick Sidibé (Mali) sont mes héros.

Parmi tous vos travaux, quel est votre favori ?
C’est dur de désigner un favori. C’est comme si vous demandez à une mère de choisir un favori parmi ses enfants.

Avez-vous un sujet particulier sur lequel vous travaillez en ce moment ?
D’un point de vue artistique, je travaille sur plusieurs sujets pour différentes expositions qui auront lieu l’année prochaine et ma compagnie, Desta For Africa PLC, prépare en ce moment  la 4ème édition d’Addis Foto Fest (un festival photo bi-annuel qui a lieu à Addis Abeba).

La photo ci-dessus est notre coup de coeur. Pouvez-vous nous éclairer sur le message que vous avez voulu transmettre ?

Titre: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Note conceptuelle :
Ma famille vient des régions rurales du Welo, un lieu où il n’y a pas de routes mais un chemin interminable dans les montagnes des hauts plateaux. Ma grand-mère a vu le jour au milieu d’une
vallée. C’est un de ces lieux où, lors de ma première visite, je constatais que sans route il se passera beaucoup de temps avant que l’électricité arrive là-bas. Il y a quelques années, mon grand-père par alliance est décédé à l’âge de 105 ans et mes cousins ont demandé à emprunter une petite lampe solaire créée par les artistes d’Olafur Eliasson. Dans notre tradition quand une personne meurt, les funérailles durent souvent 40 jours et réunit la famille des différentes régions pour célébrer la vie du défunt. Quand mon cousin revint des funérailles, il raconta qu’une centaine de membres de la famille s’était abritée sous une tente et les femmes ont pu cuisiner la nuit grâce à une petite source de lumière qui venait du gadget « petit soleil ». Le besoin en électricité dans les régions n’a pas seulement un impact sur notre vie quotidienne. Il influe sur notre capacité à aller de l’avant, c’est une composante intégrale dont a besoin. Ceci étant dit, le texte en amharique que vous apercevez sur le livre que la femme tient est une inspiration d’un long poème qui autrefois était utilisé en troisième année d’école élémentaire amharique et dit que l’éducation est l’outil qui nous permet de sortir de l’ombre. Le titre du poème est « Ye brehan fiker » (signifie plus ou moins l’amour pour la lumière ou illumination) de Debebe Seifu. Avec ça en tête, je pense que ce n’est pas seulement une illumination mentale mais le besoin de lumière pour pousser notre génération future vers un avenir prometteur. Pour terminer, j’avais un ami indien qui un jour me raconta l’histoire de son père qui venait d’un milieu rural similaire à ma famille dans lequel il n’y avait qu’un lampadaire dans la ville et que son père s’asseyait sous le lampadaire pour étudier parce qu’il n’avait pas l’électricité à la maison. La propre détermination de son père par rapport au challenge auquel il a fait face a montré sa volonté de changer le cours de sa vie à travers l’éducation. Donc du fait que l’Ethiopie une une société à dominance agraire, cela signifie que le besoin en électricité est intimement lié à notre croissance et développement.

Aïda Muluneh is an artist and cultural entrepreneur based in Addis Ababa. She left Ethiopia when she was 5 and lived in Europe, Yemen and Canada. She discovered photography in high school, in Calgary, and became aware of the power of image and how people could associate an image to a country. After she saw many photos about famine and suffering in Ethiopia she decided to document on her country so that to have people seen it from another angle. She published « Past forward » in 2009, a collection of images in which she set out her personal vision on Ethiopian life and culture. She has received an award from the International Photography Awards. Today most of her works emphasize African women included those of the diaspora and are subject to international showcasings in the United States, Cuba, Germany, Mali…Recently selected for Lumières d’Afriques exhibition that is currently taking place in Paris from 4th November to 26th November, Aïda Muluneh represents Ethiopia. She has kindly accepted to answer our questions.

How do you prepare your shootings ?
The studio work has been an interesting process for me in the past few years. I often start with a sketch and start building the scene that I would like to create, the rest is building the team around the image that I want to bring to realization. Sometimes for a shoot it reminds me of a film production with many components going into it to make the vision come alive. But the main preparation for me is the inspiration to create the one piece, while in my photojournalism work, the inspiration is the streets that I walk on as opposed to something confined in a space.

As a photographer, what is essential to convey through your works ?
It depends on the type of photography that I am doing, if its is photojournalism my main focus is to present my community and also those that I am documenting with dignity and through a balanced perspective. While my studio work is focused on expressing on what is within me through the images that I construct.

Can you give us some examples of  African photographers that you admire or take inspiration from ?
There are many photographers that I admire that are from our continent and also beyond our boarders but for here Shimelis Desta (Ethiopia) and Malick Sidibé (Mali) are my hero’s.

Among your work, which one is your favourite ?  Why ?
Its hard to say which is my favorite work, its like asking a mother which one of her children are her favorite.

Are you currently working on a particular project ?
Artistically I am working on a large body of work for various exhibitions next year, while through my company Desta For Africa PLC we are preparing for the fourth edition of the Addis Foto Fest (a photography biannual taking place in Addis Ababa).

Your above picture is our crush. Can you highlight us about it ?

Title: « Darkness give way to light » (Chelema le berhane botawen seelek)
Medium: Photography and body painting

Concept note:
My family comes from the rural regions of Welo, a place that has no roads but a long walk through the mountains of the highlands. The birth place of my grandmother is in the middle of a valley and through my first visit it is one of those places that unless a road is built the chances of electricity reaching would take time. A few years ago, my step grandfather passed away at the age of 105 and my cousins asked to borrow a small solar light that was designed by the artists Olafur Eliasson. In our tradition when someone dies the funeral is often a 40 day event which brings in family from across the various regions to celebrate the life of the person who has passed. When my cousin returned, he said that the family of over 100 people were huddled under a tent and the women were able to cook through the night just from the small light source that came from the « little sun » gadget. The need for electricity in all regions not only has an impact for our daily life but in order for us to move forward its an integral component that is needed. With this said, the Amharic text that you see on the book that the woman is holding is an inspiration drawn from a long poem that is used to be used for 3rd grade Amharic curriculum in which it talks about education is the tool that brings us out of darkness. The title of the poem is « Ye brehan fiker » (loosely translates the love for light or enlightenment) by Debebe Seifu. With this in mind, I believe that its not only mental enlightenment but the need for light to also move our future generation towards a  brighter future. On last note, I had a friend from India who once told me the story of his father who came from a rural region similar to my families in which their was only one light pole in the town and his father would sit under the light studying since their was no electricity in his home. His fathers self determination regardless of the challenges that he faced showed his passion to change his path through education. Hence, with Ethiopia being predominantly an agrarian society which means that the need for electricity is closely tied to our growth and development.

Lumières d’Afrique – Théatre Chaillot

Photo : Light Switch © Emeka Okereke

54 artistes, chacun originaire des 54 Etats du continent africain sont attendus du 4 au 24 novembre 2015, au Théatre Chaillot, à Paris, pour présenter une oeuvre autour d’un thème : « l’Afrique des lumières ». L’événement organisé par African Artists for Development est un prélude à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.

A l’heure où l’accès à l’énergie reste encore un gros problème dans la plupart des pays africains, les 54 artistes, vont nous livrer leurs visions et rêves à travers la photographie, la peinture et la sculpture. Un écran géant projettera les 54 messages des artistes, révèlant ainsi, la source intérieure de lumière qui leur a permis de réaliser leurs oeuvres.

Théatre Nationale de Chaillot
1 Place du Trocadéro – 75116 Paris

Du 4 au 24 novembre 2015

54 artists, originated each one, from the 54 States of the African continent are expected at the Chaillot National Theater in Paris from 4th to 24th November 2015. They will submit an artwork under the theme of « Africa of lights ». The event organised by African Artists for Development is a prelude to the United Nations Conference on climate change that will be held in Paris from 30th September to 11th December 2015.

At a time when access to energy remains a major challenge in most of the African countries, the 54 artists, will set out their visions and dreams through photography, painting and sculpture. A giant screen will showcase the artists’ 54 messages, revealing, the inner source of light that has enabled them to realise their works.

Théatre Nationale de Chaillot
1 Place du Trocadéro – 75116 Paris

From 4th to 24th November 2015